Hommage au Père Martelet

dimanche 13 septembre 2015 | Leave a Comment

Le Père Gustave Martelet sj nous a quittés

Gustave_Martelet_5Les obsèques
du Père Gustave Martelet sj,
décédé le 14 janvier
ont été célébrées
Samedi 18 janvier 2014

à 10h à l’église St Ignace
33 rue de Sèvres 75006

à Paris (Métro Sèvres Babylone)

Pierre Teilhard de Chardin Prêtre jésuite, homme de science et philosophe

Le 10 avril 1955, jour de Pâques, le Père Teilhard de Chardin meurt à New York. Celui qui meurt ce jour-là est né à Sarcenat en Auvergne, le 1er mai 1881.

Entre ces deux dates, tout un univers pour lui a progressivement vu le jour. Il nous faut d’abord brièvement tracer la trajectoire et suggérer l’immensité de cette vie, pour nous rappeler à qui nous avons à faire.

Un transhumant de la planète

Novice jésuite en pleine jeunesse, à 18 ans, Pierre Teilhard est, durant la seconde moitié de sa vie et au titre de la science, un transhumant de la planète. Dix fois au moins l’Europe le vit partir pour la Chine, sa patrie forcée d’adoption. Dix fois il en revient, soit directement par Suez, soit par le pourtour océanique de la terre. C’est ainsi qu’il traverse au moins cinq fois le Pacifique de la Chine à San Francisco, et autant de fois l’Atlantique, de New York à Paris ou en sens inverse. En 1931, membre de la Croisière jaune, il s’enfonce avec elle au coeur de la Mongolie méridionale et dans le désert de Gobi, ce qui ne l’avait pas dispensé auparavant de prendre deux fois le Transsibérien dans lequel il frôla le nord de l’Eurasie. Plus tard, il verra encore les Indes, la Birmanie, Java et, à la fin de sa vie, l’Afrique du Sud où le convoquent, en raison de sa compétence de géologue, attestée par plus de cent communications scientifiques, de grands savants ses amis. Sur les bateaux qui lui ouvrent les routes de la mer et du monde, on peut le voir lui-même, comme il le dit de Dieu, «penché sur le Miroir de la Terre pour y découvrir les traits de sa beauté » (Oeuvres de Teilhard, Seuil, VI, 57).

« Pierre Teilhard de Chardin est mort en 1955. Des monts d’Auvergne aux gratte-ciel new-yorkais, des tranchées de la Première Guerre mondiale à la Chine occupée par les Japonais, des falaises anglaises aux rives de la Mer Rouge, des forêts d’Asie aux collines d’Afrique du Sud, ce jésuite n’avait rien ignoré de ce qui était humain. Géologue, il avait pris au sérieux les travaux de ses collègues sur l’évolution du vivant et s’était intéressé aux traces de nos premiers ancêtres. Religieux et mystique, il avait vécu son engagement au sein de la Compagnie de Jésus avec une fidélité sans faille, malgré les sanctions dont il a été l’objet. Aventurier, il avait partagé la vie de la Croisière Jaune et celle de Henry de Monfreid. Il n’avait jamais cessé de chercher à unir sa quête et son intelligence de Dieu, avec son amour pour les hommes et les femmes de son temps. Cinquante ans après sa disparition, a-t-il encore quelque chose à nous dire ? Moi-même religieux, engagé dans le monde des sciences et des techniques, invité à répondre à cette question, je ne me suis pas tant intéressé à ses idées et à leur diffusion durant la seconde moitié du XXe siècle qu’à la vie même du jésuite : c’est l’homme, le phénomène Teilhard, pourrais-je dire, que j’ai ainsi découvert. Avec sa noblesse et son intelligence, son courage et sa générosité ; avec ses craintes aussi et ses hésitations, ses troubles et ses erreurs. Et si je savais déjà que ce gentilhomme de Dieu était de la trempe des géants, j’ai découvert en lui un grand frère sur les épaules duquel il fait bon se jucher ! »

Extrait de la postface de Jacques Arnould dans son livre « Teilhard de Chardin »

Cette terre, il la voit d’abord en géologue. Né au pied du Puy-de-Dôme, dans une maison dominée par l’horizon assagi des volcans du Primaire, il ne s’est pas livré comme Pascal à des mesures barométriques, mais il a été un enfant fasciné par la « solidité » et par la « consistance » (XIII, 26). Le « fer » en fut pour lui le premier des symboles. La guerre de 1914-1918 transforma en déluge de mort ce « fer » qu’il tenait comme enfant dans sa main.

Bientôt, ce ne seront plus les tranchées où les hommes agonisent qui lui donneront à penser, mais les grands sites quaternaires, où notre humanité naissante a laissé des crânes et des membres fortuitement fossilisés. En Chine, à Chou-Kou-Tien, Teilhard se trouve à l’heure du rendez-vous préhistorique avec le Sinanthrope. Nous sommes en 1929. Dans les environs de Pékin, se trouvent confirmées à quelque 600 000 ans de nous, les enfances asiatiques de l’humanité et la trace de ses premiers foyers allumés dans l’histoire. Loin de relativiser l’importance de l’homme dans la nature, de telles découvertes sont pour Teilhard le signe de l’enracinement de l’humanité dans l’histoire de l’univers et de la vie.

Et puisque nous nous trouvons nous-mêmes en pleine évolution culturelle, et que nous sommes aussi parfois tellement déroutés par elle, pourquoi ne pas voir en Teilhard non pas celui qui a réponse à tout, mais celui qui est allé si loin dans sa réflexion sur l’homme, sur l’évolution et sur le Christ, qu’il peut nous apporter encore énormément par son inspiration ?

L’homme de l’évolution pour Teilhard

Teilhard est l’un des premiers à avoir proposé une synthèse de l’Histoire de l’Univers telle qu’elle nous est généralement expliquée aujourd’hui par la communauté scientifique. Sa vision, présentée entre autre dans Le Phénomène Humain, est conçue autour du thème central de l’évolution. Il a notamment développé le concept de « noosphère », enveloppe pensante autour de la terre, et explicité le phénomène de planétisation auquel nous assistons. Il est resté tout au long de sa carrière scientifique internationale en contact avec le Muséum National d’Histoire Naturelle qui accueille sa Fondation.

Voir le site du Muséum National d’Histoire Naturelle  >>

« Depuis Galilée, écrit-il, il pouvait sembler que l’homme eût perdu toute position privilégiée dans l’Univers, sous l’influence grandissante des forces combinées d’invention et de socialisation. Le voilà en train de reprendre la tête, non plus dans la stabilité mais dans le mouvement, non plus en qualité de centre mais sous forme de flèche du monde en croissance. Néo-anthropocentrisme non plus de position, mais de direction de l’évolution. » (III, 349). Rappelons à quel titre et avec quelle conséquence. Dans son dernier livre Le genou de Lucie, Coppens rappelle qu’il y a une « histoire naturelle de l’humanité » : pas seulement culturelle, mais aussi naturelle. De son côté, comme astro-physicien, Reeves a pu dire que « nous sommes de la poussière d’étoiles ». Pas seulement cela, mais cela aussi et d’abord il n’en reste pas moins que l’homme ainsi compris est celui qui a franchi le Rubicon de la pensée, grâce au « pas de la réflexion », c’est-à-dire, commente Teilhard, « au pouvoir qu’il a de se replier sur soi, et de prendre possession de soi-même comme d’un objet doué de consistance et de valeur particulière. Non plus seulement connaître mais se connaître, non plus seulement savoir mais savoir que l’on sait. » (1, 181). Il n’est donc pas possible pour Teilhard qu’une telle grandeur finisse dans la disparition pure et simple de son bénéficiaire, ce qui serait le cas dans l’hypothèse d’un « univers qui continuerait à agir laborieusement dans l’attente consciente de la mort absolue. Ce serait un monde stupide, un monstre d’esprit, autant dire une chimère. Donc le monde porte en soi [doit porter en soi] les garanties d’un succès final dès lors qu’il admet en lui de la pensée. Un univers ne saurait plus être simplement temporaire, ni à évolution limitée. Il lui faut par structure émerger dans l’absolu. » (VI, 450).

Un tel refus de l’absurde par Teilhard devrait être plus approfondi qu’on ne le peut dans le cadre de ce bref article. Mais la nécessité de le faire répond à la nécessité de travailler, comme le dit Claude Guillebaud, à la « refondation du monde ». Il faut en effet pour Teilhard « refonder » ou même plus simplement fonder la dynamique de l’évolution. Elle le conduit, pour sa part, à la redécouverte d’un Dieu au toucher créateur qui soit d’évolution. Capable de désirer, de soutenir, d’accompagner de l’intérieur les effets cosmiques et planétaires des atomes, des cellules, des vivants et finalement des hommes, ce Dieu, Teilhard l’appelle Oméga, ultime lettre de l’alphabet grec. Il veut signaler ainsi l’originalité entièrement singulière d’un type de présence, de fonction et de divine identité, qui relève d’un Dieu dont les chrétiens confessent qu’il s’est incarné.

La christologie de Teilhard

Par son Incarnation, le Christ ne se rapporte donc pas seulement au péché pour le détruire, mais d’abord à l’identité de l’homme dans l’Univers que Dieu veut s’affilier (cf. saint Paul, Ephésiens 1, 2-6). C’est pourquoi, tout en étant « le Rédempteur, [le Christ, pour Teilhard,] n’a pu pénétrer l’étoffe du Cosmos, s’infuser dans le sang de l’univers, qu’en se fondant d’abord dans la matière pour en renaître ensuite. La petitesse du Christ dans son berceau et les petitesses bien plus grandes qui ont précédé son apparition parmi les hommes ne sont pas seulement une leçon morale d’humilité. Elles sont d’abord l’application d’une loi de naissance et consécutivement le signe d’une emprise définitive de Jésus sur le monde. C’est parce que le Christ s’est inoculé dans le monde comme un élément du monde qu’il n’est plus séparable de la croissance du monde, tellement incrusté dans le monde visible qu’on ne saurait plus l’en arracher désormais qu’en ébranlant les fondements mêmes de l’univers. » (IX, 89). L’incarnation est donc d’abord une incorporation de Dieu à la réalité du monde qui commande celle de l’homme, pour assurer à l’homme et au monde la signification dont ni l’un ni l’autre, vu l’amour qu’est dieu, ne peuvent finalement se passer.

Pour atteindre les racines de l’homme et pas seulement de l’univers, le Christ a voulu assumer les détours de l’Histoire. Dès lors, ne nous scandalisons pas sottement des attentes interminables que nous a imposées le Messie. Il ne fallait rien moins que les labeurs anonymes et effrayants de l’homme primitif, et la longue beauté égyptienne, et l’attente inquiète d’Israël, et le parfum lentement distillé des mystiques orientales, et la sagesse cent fois raffinée des Grecs, pour que sur la tige de Jessé et de l’humanité, la fleur pût éclore. Toutes ces préparations étaient cosmiquement, biologiquement nécessaires pour que le Christ prît pied sur la scène humaine, et tout ce travail était mû par l’éveil actif et créateur de son âme, en tant que cette âme humaine était élue pour animer l’univers. Quand le Christ a paru entre les bras de Marie, il venait de soulever le monde. » Parce que l’incarnation est une prise en compte, opérée par le Christ, il est descendu au plus bas de la terre jusqu’à la mort même. « En essuyant sur soi la mort individuelle, en mourant saintement la mort du monde, le Christ a opéré ce retournement de nos vues et de nos craintes, Il a vaincu la mort. Il lui a donné physiquement la valeur d’une métamorphose et avec lui, par elle, le monde a pénétré en Dieu. » (IX, 90). Cette métamorphose n’est rien d’autre que la Résurrection.

« La Résurrection, pense Teilhard, nous cherchons beaucoup trop à la regarder comme un événement apologétique et momentané, comme une petite revanche individuelle du Christ sur le tombeau. Elle est bien autre chose et bien plus que cela. Elle est un événement cosmique. Elle marque la prise de possession effective par le Christ de ses fonctions de Centre universel. […j Il s’est étendu jusqu’aux cieux après avoir touché les profondeurs de la terre. Quand, en face de l’univers dont l’immensité physique et spirituelle se révèle à nous de plus en plus vertigineuse, nous sommes effrayés du poids toujours croissant d’énergie et de gloire qu’il faut placer sur le Fils de Marie pour avoir le droit de continuer à l’adorer, alors, pensons à la Résurrection. » (IX, 92). La Résurrection est donc le paraphe de Dieu dans une humanité de mort devenant, grâce à Lui, une humanité de vie. Alors « sans exagération, on peut dire que l’objectivité et le critère le plus essentiel de l’orthodoxie chrétienne peuvent se ramener à ce point unique maintenir le Christ à la mesure et en tête de la Création. Quelque immense que se découvre le monde, la figure de Jésus ressuscité doit couvrir le monde. Telle est, depuis saint Jean et saint Paul, la règle fondamentale de la théologie. » (X, 222).

Ceci suppose donc un déplacement de la réflexion sur l’incarnation, du seul péché à détruire, vers une finitude à transfigurer. Non pas que ce déplacement évacue le péché. Mais ce péché est à comprendre de l’intérieur d’une condition humaine qui cherche dans le monde le pôle absolu dont il ne peut se dispenser… Le message chrétien le lui révèle et c’est ce message qui commande, pour Teilhard, ce qu’on peut appeler sa mystique.

La mystique de Teilhard

La mystique de Teilhard comporte un programme que l’on peut résumer dans trois verbes qui lui sont chers et par lesquels il définit les conditions du bonheur : se centrer, se décentrer, se surcentrer. »Se centrer » sur soi, afin d’exister dans le monde comme un individu, et non s’y disperser comme une vapeur d’eau. « Se décentrer », pour devenir soi-même grâce à l’amour de l’autre, donné et reçu. « Se surcentrer » sur un plus grand que soi, pour accomplir en nous l’Humanité. Pascal, parlant à mots couverts de l’infini de l’homme, a dit dans une sobriété littérairement géniale que « l’homme passe l’homme ». Or, celui qui passe l’homme sans le détruire, c’est évidemment le Christ.

Quant à son Visage, Teilhard nous l’a décrit, en fin de vie, dans une superbe prière :
« Seigneur de la Consistance et de l’Union,
vous dont la marque de reconnaissance et l’essence
sont de pouvoir croître indéfiniment,
sans déformation ni rupture,
à la mesure de la mystérieuse Matière
dont vous occupez le Coeur
et contrôlez en dernier ressort
tous les mouvements. »
(XIII, 20).

Tel était pour Teilhard « le secret de la Terre ». Tel fut le secret de sa vie. Tel devrait être, à ses yeux, le secret de l’Église à laquelle il demeura fidèle sa vie entière, malgré des incompréhensions cruelles, injustes et continues. Celles-ci auraient pu aigrir à tout jamais un coeur moins généreux que le sien et démobiliser un esprit moins assuré que lui. Mais à ses veux, « il suffit, pour la Vérité, d’apparaître une seule fois, dans un seul esprit, pour que rien ne puisse jamais l’empêcher de tout envahir et de tout enflammer. » (XIII, 117). Ces lignes sont du 15 mars 1955, un mois à peine avant sa mort.

Dans l’incapacité où nous sommes de deviner quels furent ses tout derniers sentiments, nous pouvons au moins nous reporter à l’interprétation qu’il fit du devoir de mourir, trente ans plus tôt dans Le Milieu Divin :

« Plus, au fond de ma chair,
le mal est incrusté et incurable,
plus ce peut être Vous que j’abrite  comme un principe aimant, actif, d’épuration et de détachement.
Plus l’avenir s’ouvre devant moi
comme une crevasse vertigineuse ou un passage obscur, plus, si je m’y aventure sur votre parole,
je puis avoir confiance de me perdre
et de m’abîmer en Vous. »
(IV, 95).

De tels propos éclairent ce que fut la vraie mystique de Teilhard qui peut fonder la nôtre. Ils nous disent ce qu’a pu être, à New York, la mort du Père Teilhard le 10 avril 1955, jour de Pâques, fête de la Résurrection.

Gustave Martelet, sj

Cet article évoque à grands traits le contenu d’un livre paru chez Lessius au cours de l’année 2005 :
la Primauté du Christ chez le Père Teilhard de Chardin
ou Teilhard de Chardin, prophète d’un Christ toujours plus grand

 

Pour acheter le livre >

>> Présentation du livre
>> Lire la Préface du livre par le Père François-Xavier Dumortier
>> Consulter la table des matières

 

 

Pour en savoir plus :

www. teilhard-international.com

Dossier sur Teilhard de Chardin dans croire aujourd’hui N°188
La révolution Teilhard
Teilhard de Chardin : un esprit scientifique à l’âme mystique >>
La Noosphère (dans la Rubrique Questions essentielles)  >>

Le Milieu Divin (dans la Rubrique Questions essentielles)  >>

Le site international sur Teilhard >>

Le site des amis de Pierre Teilhard de Chardin >>

Fondation Pierre Teilhard de Chardin
Le Muséum d’Histoire Naturelle et Teilhard
Site présentant de nombreux extraits de l’oeuvre de Teilhard
Une conférence à l’Eglise Réformée d’Auteuil

Présentation du livre

Le cinquantième anniversaire de la mort du P. Teilhard de Chardin est l’occasion de faire valoir la profondeur de sa pensée et de son inspiration authentiquement chrétienne. Imprégnée de culture scientifique, son oeuvre l’est non moins de fidélité paulinienne au mystère du Christ dans la Création. Cette fidélité implique, pour Teilhard, que le Christ soit présenté dans toute sa primauté et que l’homme soit défini selon sa transcendance et son indéniable originalité dans la nature.

« Prophète en procès », a-t-on dit de Teilhard. Ce procès, dans ce qu’il a d’injuste, doit pouvoir cesser, non par apologie – ce qu’il eût récusé -, mais par compréhension résolue et lucide, en tout cas toujours grande ouverte à la richesse chrétienne d’un héritage d’une telle importance.

En un temps où l’identité de l’homme et la pertinence de la Révélation sont largement remises en question, une nouvelle évangélisation peut découvrir un véritable stimulant et un sérieux appui dans la pensée d’un P. Teilhard de Chardin. On y trouve en effet un condensé du message chrétien autour du « Christ toujours plus grand » et d’une vision de l’homme conforme aux exigences conjuguées de la culture et de l’intelligence de la foi.

Gustave MARTELET, jésuite, a enseigné la théologie dans la Compagnie de Jésus pendant plus de cinquante ans à Lyon, Paris et Rome. Il a participé à Vatican II comme théologien des évêques francophones d’Afrique centrale et a écrit plusieurs ouvrages dont :
Résurrection, Eucharistie et genèse de l’homme (1972),
Deux mille ans d’Église en question (1984-1990),
Libre réponse à un scandale.
La faute originelle, la souffrance et la mort (1986),
L’au-delà retrouvé (1996)et Évolution et Création (1998).

PRÉFACE par le Père François-Xavier Dumortier (Provincial de France en 2006)

Depuis ce jour du 10 avril 1955 où le P. Teilhard de Chardin nous a quittés, l’originalité de sa démarche et la force de sa pensée n’ont pas cessé d’accompagner et de stimuler la réflexion de notre temps. Qu’il s’agisse de ses compagnons jésuites d’hier et d’aujourd’hui, qu’il s’agisse des hommes et des femmes qui trouvent dans ses écrits l’ouverture et le soutien dont ils ont besoin sur leur propre chemin, tous savent ce qu’ils lui doivent. L’ouvrage du P. Martelet vient à son heure pour montrer et démontrer combien la figure et le mystère du Christ sont au cœur de l’œuvre du P. Teilhard de Chardin et lui donnent une portée souvent négligée et parfois occultée, une portée fondamentale et essentielle. Car scruter le mystère de l’univers conduit Teilhard à découvrir, au travers de ses recherches, l’immensité du Christ en qui tout prend dimension nouvelle et consistance véritable. S’interroger sur l’homme fait à Teilhard emprunter beaucoup de chemins au travers de ce qui est connu et de ce qui reste inconnu mais ces chemins ne mèneraient nulle part s’ils ne témoignaient pas de sa relation intime et décisive au Verbe fait chair. Recevoir, accueillir et contempler ce que l’Écriture nous livre du mystère de Dieu et de l’événement du Christ devient, pour Teilhard, l’ardente exigence de regarder de manière nouvelle, c’est-à-dire à la lumière de la promesse du jour où tout s’accomplira en Christ, l’univers et son évolution, l’homme et ses origines, l’histoire du monde et la révélation de Dieu.

Alors, en lisant le P. Martelet, le lecteur s’éveille à cette impressionnante vision du Christ qui constitue le fondement et le cœur de la démarche de Teilhard. Quel témoignage nous est ainsi livré de la profondeur, de l’immensité et de l’universalité de l’événement christique! C’est, tout à la fois, de la présence du Christ à l’univers et du rapport de l’univers au Christ qu’il s’agit. Et, au fil des pages, le lecteur entend, comme s’adressant à lui, la parole du Ressuscité à Marie-Madeleine: « Ne me retiens pas » (Jn 20,17). Garder la mémoire du Christ, c’est désirer non pas Le saisir, mais Le laisser prendre, en tout et en tous, cette dimension toujours plus grande et toujours nouvelle qui se dévoile à mesure qu’on se laisse saisir par Lui. À la rigueur du lecteur attentif et passionné, le P. Martelet joint la vibrante intelligence de qui ne se satisfait pas de peu, quand il s’agit de faire droit et de rendre justice à celui que le désir du Christ conduisit à aller toujours plus loin dans l’ordre des exigences de l’intelligence et de la foi. Ainsi, aux confins de disciplines fréquemment juxtaposées et à l’articulation de savoirs trop souvent segmentés, Teilhard ouvre une route au Christ. Le P. Martelet ne manque pas d’incliquer ce qui peut rester flou dans la conceptualisation, ce qui n’est pas toujours heureux théologiquement, ou encore ce qui demeure approximatif dans la formulation. Mais, comme l’auteur de ce livre le dit aussi sans cesse, peut-on reprocher ses tâtonnements à une pensée qui recherche son expression la plus juste? Ne faut-il pas, d’abord et plutôt, reconnaître dans l’œuvre de Teilhard une résonance forte et nouvelle de textes qui, dans l’Écriture et dans la Tradition, disent la primauté du Christ? Ne faut-il pas comprendre, à la suite de Teilhard, que l’événement christique fait craquer bien des limites notamment celles des mots – tant « le Christ, partout présent et toujours croissant » ne cesse de requérir ce cœur ouvert et cet esprit large, sans lesquels l’homme n’accepte pas de se laisser mesurer par ce qui le dépasse et le déborde?

Dans la situation spirituelle de notre temps, cet ouvrage du P. Martelet ne vient pas seulement déciller les yeux et faire voir la source de lumière qui est au centre de l’œuvre du P. Teilhard de Chardin. Il montre, en suivant le chemin de pensée de Teilhard, combien il importe que l’homme, en se tournant vers un « Christ toujours plus grand », s’éveille à sa véritable grandeur. La question de Dieu ne fait pas nombre avec d’autres : elle saisit l’homme au plus profond de lui-même jusqu’à lui faire découvrir que le mystère de Dieu est essentiel à la compréhension de sa propre humanité. Aussi ce livre est-il autant un témoignage qu’un appel : c’est le témoignage rendu à un homme qui sut parler du Christ, de l’univers et de l’homme avec l’accent propre du croyant en attente de l’heure où Christ sera tout en tous. C’est aussi l’appel à vivre, sans crainte, la même passion du Christ sans jamais délier ce que le Verbe fait chair a uni pour toujours.

Un tel témoignage et un tel appel sont plus actuels que jamais.

François-Xavier DUMORTIER, s.j.

TABLE DES MATIÈRES

Préface: R.P. François-Xavier Dumortier s.j., Provincial de France …. 5

Introduction générale …………………….. 9

Première partie : REPÈRES SUR LA VIE, LA FOI ET L’OEUVRE DU PÈRE TEILHARD DE CHARDIN

Introduction …………………….. 19
Chapitre premier. Teilhard à grands traits …………………………… 21
Chap. 2. Florilège teilhardien sur le Christ ………………………….. 26
Chap. 3. Quelques grandes intuitions de Teilhard …..30
L’Homme de l’Évolution pour Teilhard ……………….. 30
De Galilée à la Noosphère ………………………………. 30
La Noosphère et l’énergie spirituelle …………………………………. 32
L’Ultra-humain …………………………………………………………… 33
Oméga .. …………………………………………………………………. 34
La christologie de Teilhard ……………………………………………….. 35
Partir du Christ et non d’abord d’Adam ………………………………… 36
Priorité de l’Incarnation sur la seule Rédemption ………………………. 38
La place de la Résurrection ………………………. 40
La place du péché ………………………………… 41
Le sens de l’Eucharistie …………………………… 42
Le retournement chrétien …………………………. 43
La mystique de Teilhard ….. ………………………. 44

 

Deuxième partie : LE CHRIST UNIVERSEL ET L’EXISTENCE CHRÉTIENNE

Introduction 49

Chap. 4. Le Christ universel ……………………………………………… 51
Du corps mystique comme « Monde d’âmes » .. ………… 53
Le Christ et l’Univers entier ……………………………… 55
Le Christ cosmique et le réalisme de l’Incarnation ……… 59
Le Christ universel et la Résurrection ……………………… 62

Chap. 5. La Création comme Union créatrice ……………. 67
L’ Union créatrice, le Multiple et le Néant ……………….. 68
L’acte créateur vu par Teilhard ………………………………..69
L’ Union créatrice et l’origine de l’esprit ………………………………71
L’apparition de l’homme par voie d’évolution dans l’Union créatrice ….. 74
Les six jours, le géocentrisme et l’explication de la mort ……….. 75
Un espoir de Teilhard qui demeure à combler ……………………… 78

Chap. 6. Activités et Passivités dans la vie du chrétien ………. 79
La divinisation des Activités ……………………… 80
La divinisation des Passivités ……………………… 85
Les Passivités de croissance ……………………… 86
Les Passivités de diminution, y compris la mort ……………………… 87

Chap. 7. Les « extensions » de l’Eucharistie ……………………… 91
Le point de départ ……………………… 91
L’intuition novatrice ……………………… 92
Le passage symbolique des espèces sacramentelles à la réalité du Monde .. 94
« La Messe sur le Monde » ……………………… 96

Chap. 8. Le Christ de la Parousie ……………………… 100
Chap. 9. L’Éternel Féminin …….. 104
Chap. 10. Fidélité à l’Église par amour du Christ ……………………… 109

Troisième partie : LE CHRIST UNIVERSEL ET UNE REFONTE DE LA VISION COURANTE DE L’HOMME ET DE DIEU

Introduction ……… 119

Chap. 11. La Chine: du Sinanthrope à l’Humanité ……………………… 123

La Chine : une déception qui tourne en fécondité ………………………123
Le séjour en Chine et l’ouverture prioritaire sur l’avenir de l’Humanité…127

Chap. 12. Le drame de l’Éden et l’énigme du Mal ……………………..130
I. 1916-1917 : le problème pressenti …………………………………… 131
1916, une double lecture possible de la souffrance ………………… 1311917, « La Lutte contre la Multitude » ……………………………….132

II. 1920-1927 : l’objet du litige et sa résolution christique …………. 133
1920, un péché originel trop petit pour le Christ ………………………. 133
1922, un péché originel aux dimensions du Christ universel ………….. 135
1926-1927, le maintien par Teilhard du péché dans son rapport à la Croix 140

III. 1932-1945 : la priorité constante de l’Évolution christiquement comprise 141     1933, retour à « l’Union créatrice » de 1917 ………….. 142
1934, la solution « haïssable » des « ombres de la foi » ……………..144
1938-1940, création et purification …………………………………….. 146
1942-1947, le Christ « Évoluteur » englobant le Christ « Rédempteur » 146
1945, l’intégration du Christ Évoluteur dans le Christ historique ……… 148
1947, « Réflexions sur le Péché originel » ………………………………. 148

IV. 1948: « Appendice » au Phénomène humain …………………. 151
L’ « optimisme » de Teilhard …………………. 151
La question du péché originel ………………………… 153

V. 1952: « Ce que le Monde attend de l’Église de Dieu » …………… 154
Conclusion …………………………. 155

Chap. 13. Le Personnel:
une tentative teilhardienne de genèse de l’Esprit …………………. 159
La conscience de soi comme « la maille du cosmos » ………………. 162
Le passé antérieur à l’homme comme « état de personnalité » ……. 164
Centréité et ouverture de la Personne …………………………………. 166
La « consommation de la Personne » ………………………………….. 168
L’amour comme « énergie de personnalisation » …………………….. 170
Le « Sens Sexuel » ……………………………………………………….. 170
Le « Sens Humain » et le « Sens Cosmique » …………………………. 172
Le triple élan de la Personne : se centrer, se décentrer, se surcentrer 174
Le Mal résiduel et son problème ……………………………………….. 175

Chap. 14. L’ Ultra-Humain : l’ouverture finale sur Oméga ………….. 179
La Matière et l’Esprit ……………………………………… 181
Le Tangentiel et le Radial ………………………………… 183
La Noosphère ………………………………………………. 184
L’ Ultra-humain ……………………………………………………….. 185
Oméga …………………………………………………………………….. 187
Comme un nouveau Présocratique chrétien de l’évolution …….. 188
Un en-deçà de profondeur à l’origine de l’humain …………………. 189
Pour un retour au premier « pas élémentaire » de l’humanisation ….. 192

Chap. 15. La naturalité de la mort et la transcendance de l’homme,
ou le roseau planétaire pensant ..194
L’apparition de l’homme et son développement progressif …………. 195
L’honneur longuement mérité de se savoir humain ………………….199
Pascal et l’homme comme « roseau pensant » …………………………201
Émergence et transcendance de ce « roseau pensant » …………..202
Le message intérieur à notre infirmité ………………………………….203
Le soupçon du roseau face au mystère de Dieu ……………………….204
L’absolu du soi dans le « roseau pensant » et dans « le pas de la réflexion » 206
Le roseau planétaire pensant ……………………………………………..208
Pascal et Teilhard …………………………………………………………..209

Chap. 16. Une confidence d’adulte sur une donnée d’enfance:
le Cœur de Jésus …………………………211
La confidence …………………………………………….. 211
Du Cœur de Jésus au Christique ………………….214

Chap. 17. « Une Nouvelle Face de Dieu » ………….. 218
Les obstacles à dépasser …………………………… 219
Un apport paulinien d’importance considérable …………221
Un symbole de génie pour dire l’Incarnation …………………223
L’incroyable devenir de l’Amour …………………225
L’Incarnation, cet au-delà de la Métaphysique …..228
La nouvelle face de Dieu et la profondeur trinitaire de l’Amour ……229
La conjugalité christique de Dieu ………. 231

Chap. 18. « Le Christique » ………………….. 233
Une expérience intime de portée générale ……….. 236
« La convergence de l’Univers » …………… 237
« L’émergence du Christ » ………………… 239
L’Univers christifié …………………………………………………………241
La « consommation » de l’Univers par le Christ ………………………242
La « consommation » du Christ par l’Univers …………………………243
Le Milieu divin …………………………………………………………….244
La religion de demain ………………….245

Chap. 19. « Le Phénomène Chrétien » …… 249
Chap. 20. Prière au Christ toujours plus grand …………………………..255
Épilogue. Saint Augustin et le P. Teilhard de Chardin ……………………259
Petit lexique teilhardien ….. 263
Répertoire des textes cités ……………………………………….. 271

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Comment Teilhard a-t-il pu rester
un « enfant d’obéissance » ?

Message du Père Kolvenbach, Supérieur général de la Compagnie de Jésus, jusqu’en 2008 au colloque Teilhard organisé à l’université grégorienne (Rome) en octobre 2004

Que ce Colloque sur le Père Teilhard se tienne à Rome, et à l’université Grégorienne, me semble particulièrement significatif. Je voudrais seulement mettre ce fait en relief.

Le Père Pierre Teilhard de Chardin a rendu deux fois visite a la Ville éternelle: en 1948 et en 1951. Il reconnaît, dans une de ses lettres, qu’il a pu y parler avec toute la franchise qu’il considère comme un des trésors les plus précieux de la Compagnie de Jésus. Au Supérieur général d’alors, le Père Jean-Baptiste Janssens, il a pu exprimer le sentiment profond qu’il a de la réalité organique du monde. Ce sentiment l’a marqué depuis l’enfance, et il a mûri au fil des années, devenant la conviction d’une convergence générale de l’univers vers Celui « in quo omnia constant », ce Christ que la Compagnie, selon son propre aveu, lui a appris à aimer.

Il confesse franchement à son Supérieur général que sans cette extraordinaire et inépuisable source de clarté, il lui est devenu presque physiquement impossible de respirer, de croire, d’adorer. Jamais le Christ ne lui a paru plus réel, ni plus personnel, ni plus immense. Comment dès lors, s’interroge-t-il, admettre que cette orientation dans laquelle il s’est engagé soit mauvaise ?

Sans doute reconnaît-il pleinement que Rome puisse avoir ses raisons d’estimer que sa vision, sous sa forme présente, est prématurée, incomplète, et que la diffuser présenterait des inconvénients. En tout cas,

il est décidé, écrit-il d’Afrique du Sud le 12 octobre 1951, à rester « enfant d’obéissance », de fidélité et de docilité. Pour cette raison, il donne par la suite la priorité à son approfondissement spirituel personnel, non à la propagation de ses idées. Son entretien avec le Père Janssens se termine ainsi : « Vous pouvez compter à fond sur moi pour travailler au Règne de Dieu, qui est la seule chose que je voie et qui m’intéresse à travers la science. »

Dans le plus pur esprit ignatien, il ne pense pas que cet approfondissement personnel puisse demeurer caché : « si je n’écrivais pas, je trahirais », note-t-il. Mais cela demeure un témoignage intérieur, qui ne s’impose pas mais se propose, à tous ceux en qui vivent le sens cosmique, la foi chrétienne au monde, et l’engagement pour la construction de l’avenir.

Pour accomplir cette mission, il n’était pas soutenu par un optimisme indéfectible. Il pouvait être découragé, angoissé. Mais le mystère pascal le faisait oser. C’est un dimanche de Pâques qu’il achève la « Messe sur le monde », c’est un dimanche de Pâques qu’il est mort.

Dans la « Messe sur le monde », il reprend la vision inaugurale du Christ de l’Apocalypse, ce livre qui voit des cataclysmes briser le monde, et l’espérance pascale portée par les témoins de l’Agneau. « Vous que mon être appelait d’un désir aussi vaste que l’univers, vous êtes vraiment mon Seigneur et mon Dieu. »

Que ce Seigneur rassemble en son exubérante unité les travaux, les efforts et les fruits de ce Colloque, qui se tient a Rome, en l’Université grégorienne.

P.H. Kolvenbach, sj

” Pierre Teilhard de Chardin dans l’esprit d’Assise : retrouver l’amour de la Création chère à S. François, pour Construire la Terre dans la Paix et la fraternité”

vendredi 11 septembre 2015 | Leave a Comment

Pierre Teilhard de Chardin dans l’esprit d’Assise : retrouver l’amour de la Création chère à S. François, pour Construire la Terre dans la Paix et la fraternité

Remo Vescia

Commissaire de l’Exposition

L’Exposition Ensemble, construisons la Terre” réunit en premier lieu deux figures majeures de l’histoire de l’humanité : François Bernardone (1181-1226) et Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) puis, en confirmation de ce choix qui traverse les siècles, celle de François Cheng, qui traverse l’espace et les siècles en poète et calligraphe franco-chinois moderne. Né en Nanchang en Chine, en 1929, arrivé en France vingt ans plus tard, et entré à l’Académie Française en 2002. Enfin, la nomination, en 2013, du Pape François, est venue couronner et donner chair à notre projet, ce jésuite italo-argentin venu de l’autre côté du monde qui a choisi de s’appeler comme le Poverello d’Assise, pour nous confirmer le bien fondé de nos choix de son éminente personne.

Malgré les sept siècles qui séparent François d’Assise et Teilhard de Chardin, un même souffle les habite : tous deux, sont des poètes amoureux de la Vie, des aventuriers épris de l’Univers et du Monde, de l’Homme et de la Nature et par dessus tout, de l’Esprit de Dieu. Tous deux sont de grands croyants, fidèles à l’Église à laquelle ils se sont voués toute leur vie, même si souvent en opposition ouverte avec elle. Tous deux étaient convaincus d’avoir à la changer et d’abord le monde dans lesquels ils vivaient, par un retour aux sources. Ils croyaient tous les deux au Dieu trinitaire de leur enfance, unanimement. Ils avaient tous les deux foi en une religion enseignée par Saint Paul et par Saint Jean avec le Christ, Centre et sommet de l’Univers, Homme et Dieu, mort et Ressuscité, l’Alpha et l’Oméga, Centre et Sommet de l’Univers. Tous deux profondément convaincus qu’il ne suffit pas de prêcher la bonne nouvelle, mais de suivre et de vivre le Christ Dieu d’Amour, – sa Vie, sa Passion, sa Mort en Croix et sa Résurrection, – demeure le message éternel de la Révélation Chrétienne. Par leur regard pur vers l’Essentiel, la relation de l’homme à Dieu a été transformée, progressivement et inéluctablement et nos sociétés à la dérive et à la recherche de sens, peuvent maintenant se référer à ces personnages majeurs de l’histoire de l’humanité sans même s’en rendre compte, car ils sont l’un et l’autre, plus que jamais, d’actualité. Le Pape François confirme par sa manière de vivre, amplement cette Foi.

L’Alpha et l’Oméga à l’origine du Cosmos et de l’Évolution

Pour mieux retrouver leur inspiration, il faut commencer par s’intégrer à cette histoire, à son cours et à sa manière de s’inscrire dans une cosmologie universelle et ce qui peut en constituer, selon nous, la clé d’intelligence : l’idée d’évolution, base et référence primordiale de la pensée teilhardienne. On peut dire que si l’évolution est l’hypothèse la plus importante que l’intelligence humaine ait émis depuis longtemps elle est issue en droite ligne de la Bible. Même si son interprétation est encore objet de discussions, à l’intérieur même des religions du Livre. La Science, avec ses grands découvreurs, de Galilée à Darwin et à Teilhard, est naturellement évolutionniste, à l’exception de quelques esprits obtus… Et l’Eglise, longtemps figée dans un créationnisme obscurantiste, admet depuis quelques décennies, ouvertement, sa réalité et s’y réfère volontiers. L’Evolution n’est pas une théorie, a déclaré Jean-Paul II, c’est une réalité. Et le Christ en est le sommet, a dit Benoît XVI.

Certes au temps de François d’Assise la Science n’occupait pas la place prépondérante qui est la sienne dans la connaissance contemporaine, caractéristique de tant d’avancées techniques, comme elle l’est pour Teilhard, grand scientifique paléontologue du XXe siècle. Mais cette différence qui semblerait les séparer, n’entame en rien leur perception commune de la foi en un Dieu trinitaire, créateur du ciel et de la terre dans la durée et en Jésus Christ, Fils de Dieu. Le Christ Ressuscité qui les inspire et les unit dans leur foi       donnant ainsi plénitude de sens à leur perception du Monde. Car on ne peut comprendre qu’avec l’intelligence du monde de son temps. Sans doute les choses ne seront pas perçues de la même manière que nous, par les hommes des siècles futurs parce que la connaissance, éclairée par la Science en continuel progrès grâce aux travaux des hommes, aura continué de faire de nouvelles découvertes.

Mais il y a des Vérités immuables depuis toujours parce qu’elles sont de l’ordre de la connaissance immédiate irréfutable comme il fait sombre la nuit et clair le jour ou l’eau de mer est salée ou encore deux et deux font quatre. Aussi peut-on se demander : l’Évolution ou la cosmologie universelle procèderait-elle d’une grande idée à laquelle l’un comme l’autre ont été sensibles, même si cela n’a pas été explicité et exprimé de la même manière, par l’un et par l’autre ? Mais ceci n’est pas le sujet de notre réflexion sur l’Actualité de Teilhard aujourd’hui.

« Au commencement était le Verbe, dit l’Evangile de St Jean, et le Verbe était Dieu. Le Verbe était au commencement et le Verbe était Dieu. » A travers le vocable Verbe, source d’énergie créatrice, souffle créateur, on comprend que l’Énergie primordiale transcende ce qui est directement observable : l’immanent que la science peut analyser, mesurer, expliquer. Et ils ont pu en déduire, en bons chrétiens, qu’il y a Quelqu’un d’antérieur à tout et au temps lui-même, source première de toute vie et de tout amour, Quelque chose de plus Fort, de plus Grand et de plus Intelligent que nous tous, réunis depuis l’origine du monde dans un incessant devenir, en mouvement vers l’Oméga. Un très haut, tout puissant et bon Seigneur que nul homme est digne de nommer … comme dit François; un Seigneur de la Consistance et de l’Union qui occupe le Cœur de la Matière…, comme dit Teilhard.

Foi et Raison : le Christ, sommet de l’Évolution

Au moment où le monde se débat dans une grave crise non seulement économique, mais essentiellement de perte de sens, un effort de redressement basé sur la reconnaissance des valeurs éthiques parait plus nécessaire et plus urgent que jamais. Les progrès techniques modernes tendent à unir les peuples et à les rendre solidaires, et il semble particulièrement souhaitable de chercher à concilier l’image conceptuelle de l’univers que nous propose Teilhard avec les aspirations claires ou confuses de l’esprit humain : l’activité intellectuelle avec l’effort moral, les avancées scientifiques avec les recherches de la vérité de la foi religieuse. Foi et Raison ne sont-elles pas des chemins de vérité destinés à fonder l’espérance humaine, afin que la marche en avant de l’humanité se poursuive, plutôt que de se laisser berner par les facilités du matérialisme ambiant?

Il existe des personnes de grande valeur qui souffrent d’allergie au surnaturel, à tout ce qui n’entre pas dans le cadre restreint de l’expérimentation scientifique. Respectons leur foi dans la toute puissance d’un ‘Hasard’ génial qui leur permet de considérer leur propre intelligence comme son œuvre. Mais observons que s’ils ne reconnaissent que le Hasard comme cause unique du devenir du monde, il leur faut admettre que c’est ce même hasard qui les a conduits à faire ce choix et qu’ils ont une chance sur deux de se tromper[1]… Alors, autant s’en remettre au pari de Pascal ! Or Pascal, pas plus que François d’Assise ou Teilhard de Chardin, ne nous semble être le fruit du hasard. Ils nous paraissent plutôt des réussites de l’humanité, ainsi que beaucoup d’autres, et des mises en œuvre personnelles, librement assumées, du message christique vécu librement et personnellement, chacun selon sa personnalité et en son temps. Le Christ lui-même, peut-il paraitre comme le fruit du hasard ou même comme celui de l’imagination des hommes ? Il parait, au contraire, comme l’aboutissement d’une longue histoire, précisément celle que relate la Bible, pour constituer enfin, le « sommet de l’évolution », selon l’heureuse expression de Benoît XVI.[2] Aussi Teilhard, grand admirateur de François d’Assise, et grand défenseur de l’idée d’évolution – qu’il qualifie de cosmogénèse, tant elle englobe tout le devenir de l’Univers – résumera sa pensée, trois jours avant sa mort, à la dernière page de son journal, qui constitue son suprême témoignage de penseur et de religieux, en date du jeudi saint, 7 avril 1955 :

1) St Paul : Dieu tout en tous

2)COSMOS = Cosmogénèse >Biogénèse>Noogénèse> Christogénèse (Phénomène humain)

3)L’Univers est centré (Evolutivement en Haut, en Avant

Le Christ en est le centre >(Phénomène chrétien)

Ce que nous pouvons comprendre et résumer ainsi : la Cosmogénèse – l’histoire de l’Univers engendre la biogenèse, – l’histoire de la Matière Vivante dans la biosphère – engendre l’anthropogenèse, – l’histoire des hommes dotés d’esprit – noos – engendre la noogénèse, la responsabilité d’humaniser la Terre grâce à la christogénèse – l’Incarnation du Christ, Fils de Dieu fait Homme .

Accomplir l’homme consiste donc à sactifier la matière vivante, à se spiritualiser par l’élévation de l’esprit, pour se diviniser en une marche en haut et en avant vers ce que Teilhard appelle le point Oméga, le Christ Éternel.[3] La Cosmogénèse s’épanouit en noogenèse par développement de la noosphère (noos = esprit), enveloppe spirituelle, de l’esprit, – analogue à la biosphère, enveloppe organique de la vie matérielle. Nous croyons avec Teilhard qu’en s’humanisant la matière est appelée à se sublimer en Esprit. Et l’on comprend qu’après le merveilleux Cantique des créatures de St François (Loué sois-tu Seigneur pour notre frère soleil…), Teilhard entonne, à son tour, l’extraordinaire Hymne à la matière (Bénie sois-tu, universelle Matière, Durée sans limites, Ether sans rivages, Triple abîme des étoiles, des atomes et des générations, toi qui débordant et dissolvant nos étroites mesures. nous révèle les dimensions de Dieu). A ces deux sommets d’esprit sanctifié par des hymnes de louanges du Créateur, on peut désormais ajouter la magnifique prière du pape François qui clôt son encyclique « Loué sois-tu » que nous pourrons dire en terminant cette introduction.

St François paraît alors comme le plus bel exemple d’intelligence de l’Amour infini du Christ, avec lequel il s’identifie tellement qu’à la fin de sa vie il en reçoit les stigmates. Et Teilhard, comme le plus bel exemple d’Amour de l’Intelligence lumineuse du Christ, au point de “sortir” lui-même de la vie, le jour de Pâques 1955, le dimanche de la Résurrection, comme il en avait exprimé le vœu quelques temps auparavant. Tous deux ont librement et totalement consacré leur vie au Christ Éternel, ‘sommet de l’évolution’, Vérité fait Homme. Ils ont assumé, tous deux, le mystère de l’Incarnation du Christ. Ils ont donné un sens à leurs vies en s’identifiant à Lui, source de Lumière, d’Amour et de Vie.

Construire la Terre

Grâce à l’étude approfondie de leurs vies et de leurs écrits, nous nous proposons d’analyser, la Cosmologie théologique de St François et de Teilhard vécue intensément, par l’un et l’autre, chacun avec sa perception, donnée par chacun en son temps, à la lumière d’une même foi à défaut d’une même connaissance scientifique.

1) l’Evolution de la marche en avant de l’Homme sur Terre que Dieu permet en laissant « faire les choses se faire » comme dit Teilhard, en respectant la liberté de chacun.

2)  l’organisation que les hommes entendent donner à leur société, avec leurs nationalités et leurs cultures et leurs croyances religieuses, pour vivre ensemble, et donc de l’organisation de la vie sur Terre que nous devons respecter, – nous dirons en langage actuel, de manière écologique, avec la nécessité d’une conversion, comme l’encyclique du pape François nous y invite.

3) l’unité de la Création pour qui se réfère à des valeurs spirituelles non seulement comme règles de vie en société, mais par volonté d’élévation personnelle, de marche à l’étoile, dans le respect et l’Amour, par une prise de conscience de la Cosmogénèse Théologique  pour coopérer au parachèvement de la Création.

Construire la Planète Terre dans l’Amour

C’est dans cette extraordinaire vision de notre aventure sur Terre que le travail des hommes, la science et la technique acquièrent une signification exceptionnelle, et peuvent être considérés comme une invitation à s’élever car nous sommes investis d’une mission sacrée : nous sommes co-responsables du parachèvement de la Création. Le travail, la science et la technique sont nécessaires à l’ascension de l’homme dans la direction grandissante d’une unité et d’une spiritualisation de l’Univers. Pour le chrétien, une dimension spécifique s’y ajoute : le Christ, – origine et terme de toute la Création, Alpha et Omega, – tout trouve en Lui son achèvement et son couronnement.  In eo omnia constant dit St Paul, en Lui tout subsiste et se tient. Il est la Voie, la Vérité, la Vie. Le chrétien trouvera ainsi un nouvel encouragement à œuvrer pour le progrès du Monde. Il s’agit pour nous de Construire, de Partager et de Respecter la Planète Terre avec des connaissances et une conscience élargies en cosmogenèse. Aussi la vigilance s’impose car des obstacles de toutes sortes s’interposent sans cesse. Et voilà pourquoi l’écologie – S. François a été proclamé « le céleste patron des écologistes » par Jean Paul II en 1976, – doit être considérée comme une forme d’humanisation et de spiritualisation de la Terre et non comme une forme de combat militant et agressif. L’écologie comprise comme une harmonisation de la croissance de la Terre en intelligence fructueuse et respectueuse de la nature comme composante de l’Univers, et pas seulement comme une expression politique ayant pour tâche l’empêchement de la dévastation prédatrice de la Terre par la cupidité des hommes. « La crise écologique est devenue un appel à une profonde conversion intérieure » dit le pape François qui pousse cette réflexion très loin. « Pour proposer une relation saine avec la création comme dimension de la conversion intégrale de la personne, souvenons-nous du modèle de Saint François d’Assise.  dit le pape François. … Nous devons faire l’expérience d’une conversion, d’un changement de cœur. … Cette conversion suppose diverses attitudes qui se conjuguent pour promouvoir une protection généreuse et pleine de tendresse. En premier lieu, elle implique gratitude et gratuité, c’est à dire une reconnaissance du monde comme don reçu de l’amour du Père, ce qui a pour conséquence des attitudes gratuites de renoncement et des attitudes généreuses même si personne ne les voit ou ne les reconnaît. Cette conversion implique la conscience amoureuse de ne pas être déconnecté des autres créatures, de former avec les autres êtres de l’univers une belle communion universelle. Pour le croyant, le monde ne se contemple pas de l’extérieur mais de l’intérieur, en reconnaissant les liens par lesquels le Père nous a unis à tous les êtres. »[4]

L’orgueil, la prévalence du Moi, sous toutes ses formes, sont profondément enracinés dans la nature humaine. On ne s’en libère pas tout seul. La conversion du cœur est consécutive à « une expérience première » qui peut prendre diverses formes (imminence de la mort, maladie, mort d’un proche, etc..). C’est une condition nécessaire mais pas suffisante. Une grâce est indispensable pour la mener à son terme. On peut dire que c’est la preuve d’un Dieu trinitaire :. Cette « évolution » se fait aussi dans le cœur et dans l’esprit humain. Il faut avoir subi bien des épreuves pour se convertir – on devrait dire pour être converti – . Alors, on demande, on prie pour obtenir ce que l’on n’a pas tout seul mais par la grâce de Dieu. Or demander c’est faire preuve d’humilité…

Celui qui approfondit jusqu’au bout le sens de l’écologie apercevra vite combien elle peut être fructueuse pour une rencontre renouvelée entre le christianisme et le monde moderne. Teilhard ne demandait rien d’autre que d’intégrer dans la théologie chrétienne sa vision du monde aux dimensions prodigieusement agrandies par les progrès de la science et la confiance de la foi. Il rendait ainsi aux chrétiens, la fierté d’être les témoins ardents du Christ ressuscité.

Teilhard et François d’Assise sont d’autant plus d’actualité, en ces temps de crise planétaire, que l’idée que l’on se fait de la vie tend de plus en plus vers un matérialisme d’abondance et de jouissance immédiate, – l’avoir plutôt que l’être, la possession égoïste plutôt que le partage, l’amusement plutôt que la communion des êtres dans l’amour du beau et du vrai. Nous sommes appelés à nous libérer du vieil homme qui va se corrompant au fil de ses convoitises. St François et Teilhard nous invitent à revêtir l’homme nouveau selon Dieu, en changeant notre regard. Exerçons notre regard à voir ce « beau » et ce « bon » dont Dieu semblait s’émerveiller au commencement de la Genèse et dont les êtres humains portent la trace dans leur cœur, souvent à leur insu. Le Pape François, dans son encyclique nous invite à cette même démarche : à travers l’espace et le temps, ils nous disent tous que nous sommes appelés à nous libérer du vieil homme qui va se corrompant au fil de ses convoitises. L’apport franciscain et teilhardien, exceptionnels dans cette encyclique, consistant à voir la liberté et la conscience en germe, dès le départ de l’histoire de l’humanité, doit être présenté aux sceptiques modernes, à ces gens qui, enfoncés dans un hédonisme inconscient, n’ont pas de valeurs spirituelles qui les élèvent et les portent à l’amour de l’humanité et du monde. Construire la Terre dans l’Amour et la Paix, comme nous y invite l’encyclique, paraît aujourd’hui comme la tâche la plus urgente qu’une humanité en crise doit se fixer, si elle veut tout simplement continuer à vivre sur notre belle Planète bleue.

François Cheng est venu de loin pour confirmer cela et il l’a fait avec l’éclat et la discrétion qui le caractérisent de différentes manières, orales et écrites, toujours poétiques, originales et mystiques à la fois. Reportons-nous à ses toutes dernières publications, toutes celles qui ont suivi son entrée à l’Académie Française, depuis les Cinq Méditations sur la Beauté (2006) jusqu’au Cinq Méditations sur la Mort autrement dit sur la Vie, (2013) en passant par le portrait d’une âme à l’encre de Chine : Et le souffle devient signe, (2010); sans oublier ses romans, ses poèmes et son magnifique Pélerinage au Louvre après ses extraordinaires livres d’introduction à l’Art chinois. Pour terminer par le discret ASSISE qui s’achève sur le Cantique des créatures de François d’Assise avec lequel je vais essayer de vous mettre en résonnance, comme il aime à dire. Pourquoi son nouveau prénom s’imposa-t-il à François Cheng lors de sa naturalisation française, en 1972 ? L’académicien répond dans cet opuscule dense et limpide : depuis son premier voyage sur les traces de François d’Assise, dans les années 1960, il est habité par ce saint du Moyen Age, qui délaissa soudain les plaisirs frivoles et les rêves de puissance pour obéir à l’injonction de Dieu tombée dans ses oreilles un jour de désœuvrement : « relever l’Eglise ». En arpentant à son tour les terres foulées par saint François, qu’il préfère appeler le « Grand Vivant », l’exilé chinois comprit que la terre d’accueil la plus riche se trouve à l’intérieur de soi. La beauté de ce petit livre vient de la flânerie mentale qu’effectue l’auteur entre ses propres émotions de déraciné fleurissant dans un ailleurs universel et quelques épisodes marquants de la vie de François d’Assise, décidé à embrasser la vie dans sa totalité, qu’il s’agisse de goûter une crème à la frangipane ou de baiser la chair putride d’un lépreux. D’une pudeur et d’une humilité sans limites, François Cheng écoute grandir en lui le legs du saint d’Ombrie, dont il partage le goût pour le dénuement et la volonté de capter tous les signes invisibles à disposition des hommes. Comme le chemin tortueux qui mène à Assise, dont chaque virage offre un point de vue différent sur la vallée, le récit dépouillé de François Cheng creuse un sillon profond et ondulant, dont chaque méandre est un havre de méditation.

Pour terminer cette méditation je vous invite à dire cette belle Prière chrétienne du pape François, qui résume et redit en termes modernes nos aspirations cosmogéniques profondes :

Nous te louons, Père, avec toutes tes créatures, qui sont sorties de ta main puissante. Elles sont tiennes, et sont remplies de ta présence comme de ta tendresse. Loué sois-tu.

Fils de Dieu, Jésus, toutes choses ont été créées par toi. Tu t’es formé dans le sein maternel de Marie, tu as fait partie de cette terre, et tu as regardé ce monde avec des yeux humains. Aujourd’hui tu es vivant en chaque créature avec ta gloire de ressuscité. Loué sois-tu.

Esprit Saint, qui par ta lumière orientes ce monde vers l’amour du Père et accompagnes le gémissement de la création, tu vis aussi dans nos cœurs pour nous inciter au bien. Loué sois-tu.

Ô Dieu, Un et Trine, communauté sublime d’amour infini, apprends-nous à te contempler dans la beauté de l’univers, où tout nous parle de toi. Éveille notre louange et notre gratitude pour chaque être que tu as créé. Donne-nous la grâce de nous sentir intimement unis à tout ce qui existe.

Dieu d’amour, montre-nous notre place dans ce monde comme instruments de ton affection pour tous les êtres de cette terre, parce qu’aucun n’est oublié de toi.

Illumine les détenteurs du pouvoir et de l’argent pour qu’ils se gardent du péché de l’indifférence, aiment le bien commun, promeuvent les faibles, et prennent soin de ce monde que nous habitons. Les pauvres et la terre implorent :

Seigneur, saisis-nous par ta puissance et ta lumière pour protéger toute vie, pour préparer un avenir meilleur, pour que vienne ton Règne de justice, de paix, d’amour et de beauté. Loué sois-tu. Amen.

Remo VESCIA

Commissaire de l’Exposition

Président honoraire du Centre Européen Teilhard

vesciaremo@gmail.com

www.teilhard-international.com

LA VIDEO de l’EXPOSITION

[1] Rappelons cette réflexion de Teilhard : “ A travers les civilisations qui se déplacent, le monde ne va pas au hasard ni ne patine, mais, sous l’universelle agitation des êtres, quelque chose se fait, quelque chose de céleste sans doute, mais de temporel d’abord. Rien n’est perdu dès ici-bas pour l’homme, de la peine de l’homme…. Le sillage laissé derrière elle par l’humanité en marche nous révèle-t-il moins bien son mouvement que l’écume jaillie ailleurs sous l’étrave des peuples ? ”

Et celles-ci d’Einstein, son contemporain « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito »…. « Ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible »…. “L’idée que l’ordre et la précision de l’univers, dans ses aspects innombrables, serait le résultat d’un hasard aveugle, est aussi peu crédible que si, après l’explosion d’une imprimerie, tous les caractères retombaient par terre dans l’ordre d’un dictionnaire”….  

[2] Benoît XVI : “À Pâques, nous nous réjouissons parce que le Christ n’est pas resté dans le tombeau, son corps n’a pas connu la corruption; il appartient au monde des vivants, non à celui des morts; nous nous réjouissons par ce qu’Il est – ainsi que nous le proclamons dans le rite du cierge pascal – l’Alpha et en même temps l’Oméga… Précisément, la résurrection du Christ est bien plus, il s’agit d’une réalité différente. Elle est – si nous pouvons pour une fois utiliser le langage de la théorie de l’évolution – la plus grande «mutation», le saut absolument le plus décisif dans une dimension totalement nouvelle qui soit jamais advenue dans la longue histoire de la vie et de ses développements: un saut d’un ordre complètement nouveau, qui nous concerne et qui concerne toute l’histoire”. Homélie pascale 2006

[3]Aussi Teilhard peut écrire : “La création est un grand livre ouvert à la recherche et à la contemplation des hommes. Nous avons soif de voir et de connaître… Dieu est pour nous l’éternelle découverte et l’éternelle recherche… Nous marchons conscients d’avoir le monde à diviniser”. Pour qu’on prenne conscience du merveilleux don qui nous est fait, pas seulement celui, – magnifique, – de la vie et de la dignité de notre condition, mais surtout de l’invitation qui nous est faite de nous élever en Esprit, dans l’émerveillement de la Beauté Divine.

[4] Encyclique “Loué sois-tu” : 82. Mais il serait aussi erroné de penser que les autres êtres vivants doivent être considérés comme de purs objets, soumis à la domination humaine arbitraire. Quand on propose une vision de la nature uniquement comme objet de profit et d’intérêt, cela a aussi de sérieuses conséquences sur la société. La vision qui consolide l’arbitraire du plus fort a favorisé d’immenses inégalités, injustices et violences pour la plus grande partie de l’humanité, parce que les ressources finissent par appartenir au premier qui arrive ou qui a plus de pouvoir : le gagnant emporte tout. L’idéal d’harmonie, de justice, de fraternité et de paix que propose Jésus est aux antipodes d’un pareil modèle, et il l’exprimait ainsi avec respect aux pouvoirs de son époque : « Les chefs des nations dominent sur elles en maîtres, et les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur » (Mt 20, 25-26).

  1. L’aboutissement de la marche de l’univers se trouve dans la plénitude de Dieu, qui a été atteinte par le Christ

 

Commençons par le texte fondateur de la vision qu’a Teilhard de la mort, dans Le Milieu Divin :

« S’unir, c’est, dans tous les cas, émigrer et mourir partiellement en ce qu’on aime. Mais si, comme nous en sommes persuadés, cette annihilation en l’Autre doit être d’autant plus complète que l’on s’attache à un plus grand que soi, quel ne doit pas être l’arrachement requis pour notre passage en Dieu ? (…)

En soi, la mort est une incurable faiblesse des êtres corporels, compliquée dans notre monde par l’influence d’une chute originelle. Elle est le type et le résumé de ces diminutions contre lesquelles il nous faut lutter sans pouvoir attendre du combat une victoire personnelle directe et immédiate.
Eh bien, le grand triomphe du Créateur et du Rédempteur, dans nos perspectives chrétiennes, c’est d’avoir transformé en facteur essentiel de vivification ce qui, en soi, est une puissance universelle d’amoindrissement et de disparition. Dieu doit, en quelque manière, afin de pénétrer définitivement en nous, nous creuser, nous évider, se faire une place. 

Il lui faut, pour nous assimiler en Lui, nous remanier, nous refondre, briser les molécules de notre être. La Mort est chargée de pratiquer, jusqu’au fond de nous-mêmes, l’ouverture désirée. Elle nous fera subir la dissociation attendue. Elle nous mettra dans l’état organiquement requis pour que fonde sur nous le Feu divin. Et ainsi son néfaste pouvoir de décomposer et de dissoudre se trouvera capté pour la plus sublime des opérations de la Vie. Ce qui, par nature, était vide, lacune, retour à la pluralité, peut devenir, dans chaque existence humaine, plénitude et unité en Dieu. 

Mon Dieu, il m’était doux, au milieu de l’effort, de sentir qu’en me développant moi-même, j’augmentais la prise que vous aviez sur moi ; il m’était doux encore, sous la poussée intérieure de la vie, ou parmi le jeu favorable des évènements, de m’abandonner à votre Providence. Faites qu’après avoir découvert la joie d’utiliser toute croissance pour vous faire ou pour vous laisser grandir en moi, j’accède sans trouble à cette dernière phase de la communion au cours de laquelle je vous possèderai en diminuant en Vous. Après vous avoir aperçu comme Celui qui est « un plus moi-même », faites, mon heure étant venue, que je vous reconnaisse sous les espèces de chaque puissance, étrangère ou ennemie, qui semblera vouloir me détruire ou me supplanter. Lorsque sur mon corps (et, bien plus, sur mon esprit), commencera à marquer l’usure de l’âge ; quand fondra sur moi du dehors, ou naîtra en moi, du dedans, le mal qui amoindrit ou emporte ; à la minute douloureuse où je prendrai tout à coup conscience que je suis malade ou que je deviens vieux ; à ce moment dernier, surtout, où je sentirai que je m’échappe à moi-même, absolument passif aux mains des grandes forces inconnues qui m’ont formé ; à toutes ces heures sombres, donnez-moi, mon Dieu, de comprendre que c’est Vous (pourvu que ma foi soit assez grande) qui écartez douloureusement les fibres de mon être pour pénétrer jusqu’aux moelles de ma substance, pour m’emporter en Vous.

Oui, plus, au fond de ma chair, le mal est incrusté et incurable, plus ce peut être Vous que j’abrite, comme un principe aimant, actif, d’épuration et de détachement. Plus l’avenir s’ouvre devant moi comme une crevasse vertigineuse et un passage obscur, plus, si je m’y aventure sur votre parole, je puis avoir confiance de me perdre ou de m’abîmer en Vous, d’être assimilé par votre Corps, Jésus.

Ô Énergie de mon Seigneur, Force irrésistible et vivante, parce que, de nous deux, Vous êtes le plus fort infiniment, c’est à Vous que revient le rôle de me brûler dans l’union qui doit nous fondre ensemble. Donnez-moi donc quelque chose de plus précieux encore que la grâce pour laquelle vous prient tous vos fidèles. Ce n’est pas assez que je meure en communiant. Apprenez-moi à communier en mourant»[4].

ressuscité, axe de la maturation universelle. ( en note : L’apport de P. Teilhard de Chardin se situe dans cette perspective) Nous ajoutons ainsi un argument de plus pour rejeter toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les autres créatures. La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Mais elles avancent toutes, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu, dans une plénitude transcendante où le Christ ressuscité embrasse et illumine tout ; car l’être humain, doué d’intelligence et d’amour, attiré par la plénitude du Christ, est appelé à reconduire toutes les créatures à leur Créateur.

  1. Le message de chaque créature dans l’harmonie de toute la création
  2. Quand nous insistons pour dire que l’être humain est image de Dieu, cela ne doit pas nous porter à oublier que chaque créature a une fonction et qu’aucune n’est superflue. Tout l’univers matériel est un langage de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée envers nous.

Le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu. L’histoire de l’amitié de chacun avec Dieu se déroule toujours dans un espace géographique qui se transforme en un signe éminemment personnel, et chacun de nous a en mémoire des lieux dont le souvenir lui fait beaucoup de bien. Celui qui a grandi dans les montagnes, ou qui, enfant, s’asseyait pour boire l’eau au ruisseau, ou qui jouait sur une place de son quartier, quand il retourne sur ces lieux se sent appelé à retrouver sa propre identité.

  1. Dieu a écrit un beau livre « dont les lettres sont représentées par la multitude des créatures présentes dans l’univers ».

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