Voir la remise du catalogue au Pape François par Ada

dimanche 20 mars 2016 | Leave a Comment

Le catalogue de l’Expo avec DVD a été remis au Pape François par Ada Sabatella Vescia le samedi 27 février 2016

L’encyclique « Loué sois-tu » du Pape François, du 18 juin 2015

samedi 5 décembre 2015 | Leave a Comment

L’encyclique du Pape François encourage à agir, elle concerne non seulement ceux qui aiment la nature, les arbres, l’eau, mais tous les gens ordinaires vivant sur terre, sans exclusions.

Un grand souffle traverse l’encyclique. Plus encore que le raisonnement et la logique, ce souffle emporte l’adhésion et c’est à cela que le pape vise : que la cause écologique ne reste pas une connaissance intellectuelle mais qu’elle pénètre le cœur, qu’elle devienne un appel qui nous touche au plus profond de chacun. Dès son titre, l’exclamation “Laudato si” renvoie au Cantique des créatures de saint François d’Assise, à sa théologie et à son expérience spirituelle, d’une grande actualité, à sa vision cosmique. L’encyclique  “Laudato si” a non seulement une grande ouverture mais un grand dynamisme : elle n’est pas ‘statique’, on ne saurait la réduire à un ‘inventaire’ ou une feuille de route. Une large vision guide les suggestions concrètes de l’encyclique. Elle s’intitule “Laudato si” et parle du souci de la “maison commune” de tous les êtres humains. En ce sens, c’est une encyclique éminemment sociale, mais extra-large, qui s’adresse à toute la famille humaine.

C’est en somme à la conscience de tous et de chacun que le pape s’adresse. Et après avoir parcouru l’encyclique, on ne peut plus dire : cela ne me concerne pas, à ma pauvre échelle je ne peux rien faire…

Un impératif moral

Cette responsabilité à tous les niveaux, s’appuie sur les causes, donc sur ce que l’on pourrait appeler en termes à la fois écologiques et spirituels la ‘réparation’. En effet, pour ce qui est de la cause du réchauffement climatique, la position du pape peut se résumer ainsi :  “A la question de savoir « Qui ou qu’est-ce qui est la cause du changement de climat ? », la communauté scientifique donne des réponses claires, consensuelles mais complexes : les causes sont diverses et peuvent être regroupées dans des catégories ‘naturelles’ et ‘humaines’. En fait elles appartiennent aux deux, mais elles sont principalement ‘humaines’. Les grandes forces naturelles ne sont pas sous notre contrôle ; les causes humaines le sont. Il y a une forte évidence scientifique que les facteurs humains ont déjà un fort impact et causent de graves dommages non seulement à la nature mais aussi à la vie des personnes dans le monde, en particulier les pauvres. C’est donc un impératif moral pour les êtres humains d’assumer la responsabilité de la conséquence de leurs actes, et de prendre les moyens de ralentir et de renverser les tendances en faisant tout ce qu’ils peuvent pour empêcher les dommages de s’étendre.”

En somme, il s’agit d’une « conversion », selon les termes du pape : « Cela exige un changement du cœur et d’établir de nouveaux modes de production, de distribution et de consommation, afin de prendre davantage soin de notre maison à tous et de ses habitants. »

Mais l’encyclique est aussi apte à conduire les décideurs politiques de ‘Paris 2015’ et des suivants à se demander : Qu’est-ce que j’ai dans le cœur au moment où je participe, où je décide ? Est-ce que j’ai en vue le bien commun universel et la solidarité avec les générations nouvelles et les plus démunis face à la dégradation de l’environnement? Suis-je décidé à entreprendre avec courage la régénération de ce qui a été abîmé ?

La fin des communautés fermées

Le pape François a une vue générale ample, il a la capacité de nous aider à marcher vers une écologie plus intégrale qui soit à la fois inclusive et globale une écologie intégrale. Il s’appuie pour cela sur les premiers mots du merveilleux Cantique des créatures de François d’Assise. Mais surtout il s’appuie sur cette vision cosmique pour nous inviter à une attitude chrétienne essentiellement respectueuse de la Terre que Teilhard a appelée depuis plus d’un siècle, de ses vœux.

C’est ma conviction la plus chère qu’un désintéressement quelconque de tout ce qui fait le charme et l’intérêt les plus nobles de notre vie naturelle n’est pas la base de nos accroissements surnaturels. Le chrétien, s’il comprend bien l’œuvre ineffable qui se poursuit autour de lui et par lui, dans toute la Nature, doit s’apercevoir que les élans et les ravissements suscités en lui par “l’éveil cosmique” peuvent être gardés par lui, non seulement dans leur forme transposée sur un Idéal divin, mais aussi dans la moelle de leurs objets les plus matériels et les plus terrestres : il lui suffit pour cela de pénétrer la valeur béatifiante et les espoirs éternels de la sainte Évolution

En prenant en considération le rôle exceptionnel tenu par le travail, la science et la technique dans ce qui peut paraître comme le dessein de ce Dieu d’Amour auquel nous croyons, on peut trouver un nouvel encouragement à œuvrer pour un Monde en Progrès. Il s’agit pour nous de Construire, de Partager et de Protéger la Planète Terre avec des connaissances et une conscience de plus en plus grandes que nous donnent nos connaissances. Sans doute la vigilance s’impose car des freins de toutes sortes s’interposent sans cesse. Et voilà pourquoi l’écologie, dont S. François a été proclamé le saint patron par Jean Paul II, doit être considérée comme une forme d’humanisation et de spiritualisation de la Terre. L’écologie comprise comme un respect de la terre et de l’Univers, comme une harmonisation de la croissance du Tout, en intelligence fructueuse et soucieuse de la matière comme composante vitale de la Terre, et pas seulement comme une expression politique ayant pour tâche l’empêchement de la dévastation prédatrice de la Terre par l’avidité des hommes….

Dans chacune de nos vies, une part immense est réservée à l’effort naturel et social et il serait déloyal de laisser avorter la valeur que représentent les réalisations positives de notre activité. Il ne s’agit pas pour lui d’attribuer aux diverses constructions humaines une valeur définitive et absolue : le Père Teilhard voit en elles les phases irremplaçables par où doit passer le groupe humain au cours de sa propre métamorphose : il ne s’arrête pas à leur forme particulière mais à leur fonction. Il importe donc que, les restrictions ascétiques et les arrachements de la souffrance mais également les efforts positifs de perfectionnement naturel et de devoir humain, nous fassent prendre conscience de notre croissance spirituelle.

Ainsi sans renoncer à la valeur mystique du détachement il apparaît indispensable de pousser avec conviction et passion, le développement matériel du monde. Dans ces perspectives, attachement et détachement s’harmonisent et se complètent. Voici ce qu’il écrit à un ami qui a l’heureuse fortune de voir ses affaires prospérer.

Vous avez encore une certaine peine à justifier devant vous-même cette euphorie de l’âme plongée dans le “business”. Je vous ferai remarquer que le plus important est que vous expérimentiez ce bien-être. Le pain était bon pour nos corps avant que nous sachions “les lois chimiques” de la digestion. En quoi, demandez-vous la réussite d’un effort commercial entraîne-t-elle un progrès moral? Je vous répondrai : en ceci que, tout en se tenant dans le monde en voie d’unification, le succès spirituel de l’Univers est lié au bon fonctionnement de toutes les énergies possibles dans cet Univers.

Parce que votre entreprise (morale, je suppose) se développe favorablement, un peu plus de santé se répand dans la masse humaine, et, par suite un peu plus de liberté pour agir, pour penser et pour aimer… Parce que vous agissez du mieux possible (même dans l’insuccès) vous vous constituez dans le monde et vous aidez le monde à se constituer autour de vous.”

A le mal interpréter ou mal le comprendre, on risquerait de tomber dans un certain naturalisme chrétien où le surnaturel n’a plus sa place prééminente. Pour lui, parce qu’il croit à la valeur universelle de la création, il ne court pas le risque de tomber dans cette erreur. “C’est sans métaphore, écrit-il, par toute la longueur, l’épaisseur et la profondeur du monde en mouvement que l’homme se voit capable de subir et de découvrir son Dieu.” Les formules employées par Teilhard sont souvent ambiguës. Il se plaignait lui-même de la difficulté à exprimer la richesse et l’originalité de sa pensée. Il en a toujours eu conscience. Comment formuler en termes adéquats et sûrs cette “vision d’une fusion explicite de la vie chrétienne et de la sève naturelle de l’Univers?” Pour lui l’unité de la vie est faite : s’il aime Dieu c’est à travers le Monde; s’il aime le Monde, c’est en fonction de Dieu animateur des choses du Monde. “La joie et la force de ma vie auront été de constater, écrivait-il un mois avant sa mort, que rapprochés l’un de l’autre, les deux ingrédients, – Monde et Dieu – réagissaient inexhaustiblement entre eux, déchaînant une lumière si intense qu’elle transfigurait pour moi les profondeurs du Monde.”

Teilhard pense que, finalement, l’humanité parviendra pour de bon à repousser les tentations de retomber dans l’inconscience et réussira finalement à opter collectivement pour le bien. La véritable union, cette synthèse constamment renouvelée, ne tend pas à l’uniformisation mais à la différenciation. À l’homme des temps modernes, « flèche de l’évolution », de prendre conscience qu’il tient entre ses mains « la fortune de l’univers ». Lui seul est tourné vers l’avant, vers ce que ce scientifique nomme « un grand soleil levant ». C’est ce que montre notre Exposition devenue itinérante, depuis plus de six ans, dans quinze villes différentes.

 

Pour résumer le grand texte de l’encyclique le tweet qui me paraîtrait le plus proche de la pensée du Pape François est « Ensemble, construisons la Terre » qui est le nom de l’Exposition qui réunit François d’Assise à Teilhard de Chardin et François Cheng, conçue à Assise en 2010 et qui, depuis plus de six ans tourne en Europe suscitant l’admiration et l’intérêt de ses nombreux visiteurs. (Voir le Livre d’or)

Remo VESCIA

Commissaire de l’Exposition

Président honoraire du Centre Européen Teilhard

 

Voir la Vidéo de l’Expo

mardi 20 octobre 2015 | Leave a Comment

Teilhard, prophète de l’espèrance
EXPOSITION PIERRE TEILHARD DE CHARDIN

avec François d’Assise et François Cheng

Réunir par delà l’espace et le temps, trois personnages en apparence très différents, St. François, né à Assise, en 1181, en plein Moyen Âge, Teilhard de Chardin, né près de Clermont Ferrand, sept siècles plus tard, en 1881, et le poète et calligraphe franco-chinois François Cheng, né en 1929, à Nanchang, en pleine révolution chinoise, c’est reconnaître le lien spirituel, poétique et mystique qui les unit et les rend si proches dans leur foi en un même Dieu d’Amour Universel, le Christ cosmique, sommet de l’Évolution.

Chacun à sa manière invite à un chemin ascensionnel d’intériorité spirituelle. Un même regard vers l’Essentiel. A St. François, l’amour de la Création dans ses forces de vie obscures et lumineuses, astres, éléments, êtres vivants, et le rêve de restaurer l’Église de son temps. A Teilhard, la foi en la puissance spirituelle de la Matière organique et la vision dynamique d’un Monde en évolution vers l’Unique. A François Cheng, la connexion au Souffle primordial qui transforme son œuvre de calligraphe et son univers de poète de la Beauté.

Aussi, le parcours que propose l’Exposition Teilhard de Chardin « Ensemble, construisons la Terre dans la Paix et l’Amour » en une centaine de panneaux iconographiques, donne sens à la Vie ouverte par la Connaissance et l’Amour, vers la Joie spirituelle. Le mot sens, pris dans les trois acceptions chères à François Cheng : de sensation au niveau physique, de direction au niveau intellectuel, et de signification au niveau spirituel, qui « cristallisent les trois niveaux essentiels de notre existence au sein de l’univers vivant ».[1]

Ainsi le message unitaire que délivrent nos trois guides s’éclaire mutuellement : à partir du même Souffle d’Énergie qui nous porte, s’inscrire dans le flux qui élève et, sans rien négliger de la souffrance du monde, vivre dans la Paix et s’accomplir dans l’Amour universel dans la Joie spirituelle de la création en devenir.

Remo Vescia   Commissaire de l’Exposition  vesciaremo@gmail.com

www.teilhard-international.com -à   Voir la Video de l’Expo

[1] François Cheng, Le Dialogue, DDB, 2002

Pierre Teilhard de Chardin, prêtre, savant, poète et visionnaire, prophète de l’espérance.

mardi 13 octobre 2015 | Leave a Comment

Pierre Teilhard de Chardin, prêtre, savant, poète et visionnaire, prophète de l’espérance.

Remo VESCIA

Résumé : Les hommes de bonne volonté, avides d’épouser leur temps et de n’avoir plus peur de lui, peuvent écouter le chant d’espérance de Teilhard, savant, poète, mystique : fort de sa foi en un “Christ toujours plus grand, moteur du Monde en évolution”, il a entonné, dès 1919, au sortir de la grande guerre, le plus convaincant et le plus intelligible cantique des créatures de notre temps : L’Hymne à la Matière, l’un des textes les plus considérables de la littérature et de la science moderne. Il a rejoint ainsi la cohorte réduite et prestigieuse des quelques grands poètes qui, par la vertu du verbe, ont transformé le monde. Les poètes prophètes. “Teilhard, est notre prophète de l’espérance dit Gérard-Henry Baudry, son meilleur exégète, une espérance qui n’exige pas la fuite des réalités humaines et matérielles, bien au contraire, elle s’enracine dans le dynamisme évolutif qui soulève la création et l’oriente vers une complexité et une conscience de plus en plus grandes; surtout elle se greffe sur les espoirs humains qui ont conduit l’humanité, depuis son émergence, par un continuel dépassement d’elle-même, sur la voie de la seule aventure qui vaille : la conquête de l’avenir…. Il émerge comme une figure exceptionnelle de la philosophie et de la théologie du XXe siècle, dit encore Gérard-Henry Baudry. Il est certainement, l’un des plus grands pionniers du renouveau spirituel de notre temps»

                       Le langage poétique de Teilhard, prophète de l’espérance.

Le poète, depuis plus d’un siècle, n’est pas lié à un genre littéraire déterminé. Il peut s’exprimer dans tous les genres artistiques, s’il a le génie, – le charisme – de la création poétique. Nous pensons, avec Teilhard, que le découpage catégoriel transcende notre passion que l’analyse a imposé aux productions de l’esprit. « Poète, philosophe, mystique, on ne peut guère être l’un sans l’autre. dit-il lui-même. Poètes, philosophes, mystiques, le long cortège des initiés à la vision et au culte du Tout marque dans le flot de l’humanité passée, un sillage central que nous pouvons suivre depuis nos jours jusqu’aux derniers horizons de l’histoire ». 

Pierre Teilhard de Chardin fut un religieux jésuite qui n’a jamais prétendu être théologien ou historien ou sociologue de la religion. Les problèmes religieux lui tenaient à cœur en sa qualité de prêtre, c’est à dire d’apôtre de l’évangile, soucieux de l’épanouissement et du progrès du christianisme, mais Teilhard de Chardin était éminemment homme de science, paléontologue, découvreur en 1932, du sinanthrope pendant les années passées en Chine. Aussi vaut-il mieux dire que Teilhard est un jésuite, avant tout chercheur, dans le domaine de la géologie ou de la paléontologie, aussi bien que dans le domaine religieux ou philosophique, sa nature profonde également, comme tout homme curieux et émerveillé devant les mystères de la vie, à la recherche de la Vérité. Les témoignages ne manquent pas pour dire combien Teilhard était homme de terrain, grand chercheur scientifique doté d’une foi religieuse aussi forte que discrète. Nombreux sont les témoignages reconnaissants des savants de son temps. Tout comme ceux, chaleureux, de ses amis laïcs ou religieux, rapportant ses exhortations et ses réflexions spirituelles. Mais ce que personnellement je me plais à retrouver dans ses lettres comme dans ses nombreux écrits, tout comme dans sa vie de savant aventurier, c’est son côté poétique, mystique même. La force et la splendeur de ses réflexions persuasives et profondes expriment merveilleusement la Beauté et la Vérité du Monde dans la cosmogonie universelle.

Comme le langage de la Bible, qu’il fréquente assidûment en sa qualité de prêtre, il exprime tout naturellement le souffle de Dieu… Je ne trouve pas de meilleure comparaison avec le Chant qui s’élève des écrits de Teilhard que le magnifique Cantique des Créatures de Saint François d’Assise. Teilhard l’aimait particulièrement. Précisons tout de suite, s’il en est besoin, qu’en étudiant le langage de Teilhard, on ne peut considérer ses métaphores poétiques comme des ornements du discours. Teilhard ne se pose jamais en écrivain à la recherche de lecteurs. L’écriture est pour lui le meilleur moyen d’exprimer ses idées, mais il ne peut les rendre publiques, les publier et s’en prévaloir. Cela peut être considéré déjà comme un gage d’authenticité, si l’on veut. S’il est grand écrivain, poète et visionnaire c’est, tout naturellement, sans chercher à en prendre la pose. L’aspect purement esthétique de son œuvre n’est pas le but premier d’un philosophe, d’un penseur ou d’un chercheur. On tomberait dans cette appréciation limitative si on refusait de donner au mot « métaphore » une valeur qui dépasse celle de figure de rhétorique. La métaphore acquiert, par contre, toute sa valeur philosophique, et même poétique, lorsqu’elle sert à rapprocher deux idées dont les influences réciproques créent une signification nouvelle, au point de produire un concept. Elle devient alors un outil qui aide à dégager la vérité, à en tirer des fragments qui, par là, deviennent exprimables et vont s’ajouter au patrimoine de la connaissance déjà acquis. Grâce à cette capacité de devenir symbolique, c’est à dire d’exprimer au-delà des mots des concepts abstraits et synthétiques, la dimension poétique est acquise et opère dans une sphère que l’on peut qualifier d’un mot teilhardien, le Noosphèrique, c à d qu’elle appartient au domaine de l’Esprit. (noos=esprit)

En tant qu’homme de science, à une époque où la science triomphe de tous les obstacles en rognant sur l’obscurantisme dans lequel se sont enveloppés les mystères de la foi, beaucoup de choses paraissaient de plus en plus claires à Teilhard, qui pour d’autres instances religieuses continuaient à rester du domaine de l’inconnu… quand ce n’est de l’interdit. (on songe notamment aux membres de la Curie romaine, moins familiarisés avec le niveau élevé qu’avaient atteint les sciences au XXe siècle, plus particulièrement soucieux de maintenir ‘un climat purement spirituel’ en s’obstinant à tenir la foi séparée du « terrestre, profane et matérialiste »). Or en sa qualité de savant, Teilhard voulait résoudre des problèmes et des difficultés, qui, jusqu’à lui, n’avaient pas été tranchés de façon satisfaisante, notamment dans le domaine de la Science qu’il avait commencé par enseigner, en Egypte, pendant les années 1905-1908 au Collège de la Sainte Famille du Caire, en tant que professeur de physique et chimie, et ensuite, à un niveau universitaire plus élevé, à l’Institut Catholique de Paris, après la Guerre de 14-18 à laquelle il a participé en tant que brancardier. Aussi, ceux qui avaient pour tâche d’éclairer, d’expliquer, d’enseigner ces connaissances ne se rendaient-ils pas compte de leur pertinence, peut-être même pensaient-ils pouvoir continuer d’en ignorer leur existence même, séparée de la foi. D’où la totale méprise : ils ne réalisaient pas du tout l’importance que ces connaissances avaient désormais à ses yeux et, en soi, pour l’humanité tout entière. Comment faire grief à Teilhard d’avoir soulevé ces problèmes dans toute leur acuité et d’avoir invité ceux qui s’adonnaient à l’étude de la religion et de la théologie, à les étudier plus attentivement ? Les temps étaient mûrs pour de telles avancées qui faisaient progresser la connaissance en général et la marche de l’esprit de l’humanité tout entière. La Noogénèse, pour utiliser un mot teilhardien.

Avoir recherché une solution pour lui-même et pour ceux de ses amis qui le consultaient, – en attendant que d’autres, peut-être plus compétents que lui, s’engagent dans l’étude approfondie des questions que posent nos origines, nous semble-t-il, – découle d’une attitude loyale et totalement dépourvue d’arrière-pensées provocatrices. C’était d’autant plus dans la logique du personnage, profondément honnête, exigeant vis-à-vis de lui-même, et visionnaire, tel qu’était Teilhard. Il considérait la Science avec le même respect que la Connaissance en général, le Savoir, théologique, psychologique, scientifique ou non. Selon sa propre formule : Savoir plus pour Etre plus, Etre plus pour aimer davantage. Car être c’est s’unir. Même s’il connaissait mieux que personne les limites et le caractère transitoire des vérités scientifiques, nous devrions lui savoir gré, précisément, des services qu’il a rendus aux théologiens, en les rendant conscients de problèmes dont la nature et même l’importance, leur avait trop longtemps échappé. En les faisant participer aux solutions qu’il avait conçues à la lumière de sa prise en compte de ce que, depuis Darwin et Bergson et quelques autres chercheurs de plus en plus nombreux, on appelait l’évolution, Teilhard se mettait tout naturellement à la proue de lui-même, pour aller  au bout de ses propres puissances de connaissance, de recherche et d’invention, ainsi qu’aux riches intuitions de sa foi.[1]

Mais il ne pouvait limiter ses recherches au domaine scientifique exclusivement. Bien au contraire, il avait, depuis son enfance, éprouvé le sens de l’Absolu, du Tout et il incluait dans son intelligence de l’évolution, aussi bien la science qui relève du rationnel, que la foi qui relève du psychique, car son sens cosmique lui faisait considérer l’Univers en son entier, dans son devenir total. L’intelligible par la raison aussi bien que l’incompréhensible et mystérieux psychique, car disait-il, cela demeure du domaine du non encore exploré. L’évolution était pour lui la clé d’intelligence du monde. C’est à travers elle que désormais il trouve le sens, la direction et la signification de l’immense aventure de la Création. Et tout naturellement son esprit religieux ou ses connaissances théologiques lui font comprendre combien, dans l’histoire de l’humanité, le Christ, en s’incarnant, apparaît comme un sommet, le sommet de l’évolution, l’Alpha et l’Oméga. J’aimerais relire pour vous le début de ce magnifique texte La Vie Cosmique, tout vibrant d’une foi et d’une intelligence d’autant plus ardentes que c’est un éveil ébloui au monde, une vision unitaire transcendante qu’il exprime, comme un testament intellectuel à la guerre où il est engagé comme brancardier dans de terribles combats et vivant le plus souvent dans la boue des tranchées.

J’écris ces lignes par exubérance de vie et par besoin de vivre ; – pour exprimer une vision passionnée de la Terre, et pour chercher une solution aux doutes de mon action ; – parce que j’aime l’Univers, ses énergies, ses secrets, ses espérances, et parce que, en même temps, je me suis voué à Dieu, seule Origine, seule Issue, seul Terme.

Je veux laisser s’exhaler ici mon amour de la matière et de la vie, et l’harmoniser, si possible, avec l’adoration unique de la seule absolue et définitive Divinité.

Mais il n’est pas permis à l’homme épris de vérité et de réalité, de se laisser aller indéfiniment avec incohérence à tout vent qui gonfle et amplifie son âme. Le voudrait-il qu’il ne le pourrait pas….De par la logique profonde des objets et des attitudes le moment vient tôt ou tard où il nous faut mettre enfin l’unité et l’organisation au fond de nous-mêmes – éprouver, trier, hiérarchiser nos amours et nos cultes-, briser nos idoles et ne plus laisser qu’un seul autel dans le sanctuaire. Or, pour personne autant que pour le chrétien, c’est à dire pour celui qui s’agenouille devant une croix et à qui une voix adorée répète « Quitte tout pour avoir tout », le choix ne se présente plus chargé d’hésitations et d’angoisses. Car enfin, pour être chrétien, faut-il renoncer à être humain, humain au sens large et profond du mot, humain âprement et passionnément ? Faut-il, pour suivre Jésus et avoir part à son corps céleste, renoncer à l’espoir que nous palpons et préparons un peu d’absolu chaque fois que, sous les coups de notre labeur, un peu plus de déterminisme est maîtrisé, un peu plus de vérité, acquise, un peu plus de Progrès réalisé ? Faut-il, pour être uni au Christ, se désintéresser de la marche propre à ce Cosmos enivrant et cruel qui nous porte en chacune de nos consciences ? Et une telle opération ne risque-t-elle pas de faire, sur ceux qui la tenteraient sur eux-mêmes, des mutilés, des tièdes, des débilités ? Voilà le problème de vie où se heurtent des inévitablement, dans un cœur de chrétien, la foi divine qui soutient ses espérances individuelles et la passion terrestre qui est la sève de tout l’effort humain ? …….    Ecrits du Temps de la Guerre, 24 mars 1916, p. 21-22[2]

Reportons-nous, voulez-vous, pour retrouver le fil conducteur de ce qui nous réunit ici, aujourd’hui à Avignon, à la belle phrase de Teilhard qui ouvre le dernier point du parcours de l’Exposition « Ensemble, construisons la terre » dont j’ai eu le plaisir de vous présenter la vidéo, plus tôt : Il ne fallait rien moins que les labeurs effrayants et anonymes de l’Homme primitif et la longue beauté égyptienne et l’attente inquiète d’Israël, et le parfum lentement distillé des mystiques orientales, et la sagesse cent fois raffinée des Grecs pour que, sur la tige de Jessé et de l’Humanité, la Fleur pût éclore. Toutes ces préparations étaient cosmiquement, biologiquement nécessaires pour que le Christ prit pied sur la scène humaine et tout ce travail était mû par l’éveil actif et créateur de son âme en tant que cette âme humaine était élue pour animer l’Univers. Quand le Christ apparût dans les bras de Marie, il venait de soulever le monde.

Teilhard n’est pas seulement un savant, c’est un poète, un grand poète qui a la capacité rare de vision éclairante et d’expression incantatoire. Le propre du langage poétique étant d’aller au-delà de son contexte d’origine, de dépasser l’obstacle des mots dans leurs langues même, de se porter au-delà de la source d’où ils jaillissent. Le langage poétique a pour vocation essentielle d’aller par l’entremise de l’émotionnel au-delà même du rationnel, à la rencontre en profondeur de l’autre. Le langage poétique, dit Paul Ricœur, comporte dans sa nature, un caractère absolu : il nous précède, il précède tout, il est toujours là avant que nous ne nous mettions à parler, il est présupposé... La parole poétique est donc, à la fois, humaine et plus qu’humaine. Elle est, pour reprendre une expression d’Emmanuel Levinas : une trace de Dieu. Ne dit-on pas « La Parole de Dieu » en se référant à la Bible ? Connaissez-vous plus beau poème que le récit de la Genèse qui ouvre la Bible, que le Cantique des cantiques, que les Psaumes ou que l’Evangile de St Jean ? Le Prologue de l’Evangile de St Jean me paraît en donner une clé en disant : « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Tout fut par lui et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie. »

Poétique, le langage est une incantation, une quête qui propose toujours un nouveau commencement à la pensée. La parole poétique est ce  « mode insigne du dire », comme si elle venait au jour pour la première fois, pour donner accès privilégié à la Vérité. Utilisons si vous le voulez bien, une image poétique pour le désigner : le langage poétique apparaît comme un arc en ciel jeté entre ciel et terre, une arche d’alliance entre sacré et profane. Le spirituel en est l’essence comme les couleurs sont celles de l’arc en ciel mais il se veut efficace parce qu’essentiel, incitatif, chargé d’émotion, de communion, de rencontre. Le poète est visionnaire par nature, il voit ce que les autres ne voient pas. Il voit et il montre ce qui est au delà. Le langage poétique est, peut-on dire, un langage sacré, il révèle « les infinis visages du vivant » L’émerveillement est la porte d’accès à la joie de connaître et de comprendre.

Teilhard, vit dans le domaine de l’émerveillement, dans cet appétit de connaître et d’admirer. En l’écoutant ou en le lisant, nous éprouvons ses enchantements : un champ illimité de contemplation et une source de joie. On peut alors éprouver la jubilation et l’émerveillement de la grâce poétique. La beauté des sentiments, l’intelligence des propos, les visions fulgurantes n’ont pas recours au langage poétique formel, constitué de prosodies recherchées. Ses métaphores sont puisées directement dans les éléments matériels qui constituent la Création : le Feu, l’Eau, la Terre, l’Air.[3]

Alors, le discours que l’on peut faire sur l’Être devient une occasion et un moyen d’investigation sans fin, et la métaphorisation correspond à un mouvement ascendant qui construit le discours spéculatif : l’expression d’un concept est un fait linguistique mais, surtout, c’est un geste philosophique qui vise l’invisible à travers le visible, l’intelligible à travers le sensible. Si donc la métaphore produit des concepts, elle devient pour un penseur, un moyen irremplaçable de maturation et de transmission de sa pensée, de son être même. Tout philosophe devient poète, mieux encore il doit l’être s’il veut dire des choses nouvelles, et se faire entendre au-delà de la simple rationalité et atteindre également le cœur, de même que tout poète est un peu philosophe, c’est à dire professeur de vie en lançant des faisceaux de lumière sur la route de la connaissance que la réflexion humaine ouvre continuellement vers un « Connaître Plus » pour aboutir à « Etre Plus » et, dit Teilhard « à s’unir davantage ». Car, en effet, l’injonction fondamentale qui nous est faite par notre Seigneur est bien celle-là : aimez-vous les uns les autres ! Et François d’Assise entonne son Cantique des créatures en fraternisant avec tout ce qui existe, il se rattache à l’ensemble de la vie, où la création tout entière retrouve l’élan originel, il reprend sa marche en avant vers son plus haut destin, vers sa suprême réalisation : l’homme fraternel, l’homme bon, l’homme à l’image de Dieu. Comme dit Eloi Leclerc.

Aussi la vision de Teilhard apparaît-elle comme une grande perspective dynamique qui s’ouvre à la Vie et invite tout naturellement à l’Espérance, – non pas une vie impalpable et idéalisée, mais la ‘Vie, avec son caractère concret, – la Vie qui, par l’élan de sa force inépuisable, ébauche des tracés, pratique des ouvertures nouvelles, arrive jusqu’au seuil du mystère, entraînant dans ce « défi », les éléments constitutifs de la Matière. Comme tous les mystiques, Teilhard a aimé et valorisé la Matière, d’une façon totale et intime, jusqu’à oser l’appeler ‘Sainte Matière’. Elle ne doit pas être considérée comme une tentation qu’il faudrait repousser, ou comme un faux idéal avec lequel il faudrait prendre ses distances. Teilhard lui fait dire dans son Hymne à la Matière : « Les hommes ne peuvent se passer de moi ». Il aimerait la posséder d’une manière pleine. Elle est pour lui une obsession d’amour. Ecoutons son extraordinaire Hymne à la Matière repris, plus de trente ans après l’avoir écrit à son retour de la Guerre à Jersey, en août 1919, dans son livre testament des années cinquante, Le Cœur de la Matière, pp. 89-92.

Bénie sois-tu, âpre Matière, glèbe stérile, dur rocher,

Toi qui ne cèdes qu’à la violence, et nous forces à travailler si nous voulons manger.

Bénie sois-tu, dangereuse Matière, mer violente, indomptable passion, toi qui nous dévores, si nous ne t’enchaînons.

Bénie sois-tu, puissante Matière, évolution irrésistible,

Réalité toujours naissante, toi qui faisant éclater à tout

moment nos cadres, nous obliges à poursuivre toujours plus loin la Vérité,

Bénie sois-tu, universelle Matière, Durée sans limites,

éther sans rivages, – Triple abîme des étoiles, des atomes et des générations, – toi qui, débordant et dissolvant nos étroites mesures, nous révèle les dimensions de Dieu.

Bénie sois-tu, impénétrable Matière, toi qui, tendue partout entre nos âmes et le monde des Essences, nous fais languir du désir de percer le voile sans couture des phénomènes.

Bénie sois-tu mortelle Matière, toi qui, te dissociant un jour en nous, nous introduiras, par force, au cœur même de ce qui est.

Sans toi, Matière, sans tes attaques, sans tes arrachements, nous vivrions inertes, stagnants, puérils, ignorants de nous-mêmes et de Dieu.

Toi qui meurtris et toi qui panses, – toi qui résistes et toi qui plies, – toi qui bouleverses et toi qui construis, – toi qui enchaînes et toi qui libères, – Sève de nos âmes, Main de Dieu, Chair du Christ, Matière, je te bénis.

Je te bénis, Matière, et je te salue, non pas telle que te décrivent, réduite, ou défigurée, les pontifes de la science et les prédicateurs de la vertu, – un ramassis, disent-ils, de forces brutales ou de bas appétits, – mais telle que tu m’apparais aujourd’hui, dans ta totalité et ta vérité.

Je te salue, inépuisable capacité d’être et de Transformation où germe et grandit la Substance élue.

Je te salue, universelle puissance de rapprochement et d’union, par où se relient la foule des monades, et en qui elles convergent toutes sur la route de l’Esprit.

Je te salue, somme harmonieuse des âmes, cristal limpide dont est tirée la Jérusalem nouvelle.

Je te salue, Milieu divin, chargé de Puissance créatrice, Océan agité par l’Esprit, Argile pétrie et animée par le Verbe incarné.

Croyant obéir à ton Irrésistible appel, les hommes se précipitent souvent par amour pour toi dans l’abîme extérieur des jouissances égoïstes.- Un reflet les trompe, ou un écho.

Je le vois maintenant.

Pour t’atteindre, Matière, il faut que, partis d’un universel contact avec tout ce qui se meut ici-bas, nous sentions peu à peu, s’évanouir entre nos mains les formes particulières de tout ce que nous tenons, jusqu’à ce que nous demeurions aux prises avec la seule essence de toutes les consistances et de toutes les unions.

Il faut, si nous voulons t’avoir, que nous te sublimions dans la douleur après t’avoir voluptueusement saisie dans nos bras.

Tu règnes, Matière, dans les hauteurs sereines où s’imaginent t’éviter les Saints, – Chair si transparente et si mobile que nous ne te distinguons plus d’un esprit.

Enlève-moi là-haut, Matière, par l’effort, la séparation et la mort, – enlève-moi là où il sera possible, enfin, d’embrasser chastement l’Univers! »

A la racine de son Hymne il y a la grande agitation de la Matière, présente à son regard intérieur, sous tous ses aspects et toutes ses manifestations. Tous les éléments constitutifs du Monde sont autant de points d’appui des figures littéraires qui soutiennent la pensée poétique de Teilhard. Claude Cuenot, son premier grand biographe, dans son Lexique TEILHARD dit : « Certes, Teilhard est un poète du Feu, et en cela, comme en bien d’autres points, il rejoint la Bible ». Et lorsque l’on analyse son œuvre en profondeur, il se révèle, comme Saint François, et comme tous les grands mystiques de tous les temps, un poète de tous les éléments de la nature et il projette sa vision du Monde en adhérant, de temps à autre, à l’une des aires de l’imaginaire respectivement soutenues par l’un de ses éléments fondamentaux.[4]

L’Hymne à la Matière, est l’un des textes les plus considérables de la littérature et de la science moderne. Il a rejoint ainsi la cohorte réduite et prestigieuse des quelques grands poètes qui, par la vertu du verbe, ont transformé le monde. Les poètes prophètes. “Teilhard, est notre prophète de l’espérance dit Gérard-Henry Baudry, son meilleur éxégète; une espérance qui n’exige pas la fuite des réalités humaines et matérielles, bien au contraire, elle s’enracine dans le dynamisme évolutif qui soulève la création et l’oriente vers une complexité et une conscience de plus en plus grandes; surtout elle se greffe sur les espoirs humains qui ont conduit l’humanité, depuis son émergence, par un continuel dépassement d’elle-même, sur la voie de la seule aventure qui vaille : la conquête de l’avenir…. Il émerge comme une figure exceptionnelle de la philosophie et de la théologie du XXe siècle, dit encore Gérard-Henry Baudry à qui nous voulons rendre hommage ici. Il est certainement, l’un des plus grands pionniers du renouveau spirituel de notre temps»

CONCLUSION

Dans Le Phénomène humain, son ouvrage primordial, Teilhard fait remarquer que la résonnance au Tout est la note essentielle de la Poésie pure et de la pure Religion. Suivant cette théorie, la poésie sort de la catégorie mineure d’un simple jeu de l’esprit pour atteindre, du moins en ses sommets, la mystique, c à d « la grande Science et le grand Art, la seule puissance capable de synthétiser les richesses accumulées par les autres formes de l’activité humaine ». Teilhard fait sans doute allusion au grand Art des philosophes hermétiques et des alchimistes, dont il a saisi, par-delà les pratiques obscures et mystérieuses, l’intuition profonde.

La poésie serait ainsi le porche de la mystique. C’est un véritable Cantique de l’Univers qu’il entonne à son tour. Teilhard reprend la tradition où la musique proche du grand Art par sa puissance d’évocation et d’envoûtement, est mise en rapport avec la poésie, rejoignant ainsi Platon. Il écrit, à cette même époque, le 27 mars 1916, du front, à sa cousine Marguerite : « Ton observation sur le rôle de la musique et de la poésie est très juste. Ces arts-là ne nous entraînent pas exclusivement à l’effusion panthéistique et païenne. Ils excitent seulement d’une manière générale l’âme à chercher du plus beau et du plus grand : ils la sensibilisent à l’égard du Tout, ils la ‘cosmisent‘ si on peut dire, soit en la faisant se perdre dans le nirvanâ inférieur, soit en la faisant s’unir passionnément au grand effort vers les sphères supérieures ». Genèse d’une Pensée, p.122 Cette lettre est écrite à la même époque que La Vie cosmique. Jamais peut-être le sens du Tout ne fut exprimé chez lui avec autant de ferveur poético-mystique que dans cet essai, rédigé comme son « testament d’intellectuel » (j’expose avant tout des vues ardentes). ETG 7. Si l’on rapproche de cet essai la lettre à sa cousine, on ne peut s’empêcher de mettre en parallèle, le « sens cosmique » qui permet d’appréhender le Tout, de communier au Tout, et le rôle que donne Teilhard à la musique et à la poésie : ce sont des moyens créés par l’homme pour provoquer l’éveil cosmique et acquérir la sensibilisation au Tout, par quoi l’homme accède à la connaissance, puis à la communion universelles. « Nul, plus que le poète, n’est conscient du pouvoir cosmique de la Parole. », écrit Pierre Emmanuel dans une ligne très teilhardienne. (Poésie, Raison ardente, LUF, 1948)

Pour saisir les harmonies du cosmos (macrocosme) et ses correspondances dans l’homme (microcosme) il faut, pour ainsi dire, les laisser chanter au fond de son âme. Teilhard s’est fait l’écho de cette idée très ancienne de l’harmonie des sphères, d’origine pythagoricienne, qui a connu une étonnante fortune dans la science et la poésie à travers les âges. C’est un thème qui lui est cher sur lequel il dialogue avec sa cousine, agrégée de philosophie, sa muse, pourrait-on dire tant elle lui était proche et en communion de pensée. Sans doute faut-il voir, dans la théorie de l’harmonie universelle, le fondement de sa conception de la poésie. Ce qui prédomine en elle, c’est le rythme, l’harmonie, la musicalité. « Chaque œuvre poétique veut avoir son rythme propre, écrit-il encore à sa cousine, un rythme de tout l’ensemble, et un rythme des parties, et un rythme des paragraphes et des phrases… un rythme littéraire, vraiment senti et exprimé, devrait ressembler à un morceau de musique, avec des nuances, des silences, des thèmes, une harmonie d’ensemble, une typographie spéciale, sa musicalité propre. Avec le sens de l’harmonie et du Tout, on n’est pas loin du sens de l’Absolu, intuitivement saisi comme une présence immanente à l’évolution cosmique ». Teilhard lui donne, surtout dans ses Ecrits du temps de la guerre, le nom de l’Ame du monde avec toutes les réminiscences philosophiques et poétiques que véhicule l’expression. Qui mieux que les poètes en a éprouvé  « l’insaisissable présence » ?

« Au terme de l’Effort créateur, quand le Règne de Dieu sera parvenu à maturité, toutes les monades choisies et toutes les puissances élues de l’Univers se trouveront fondues en Dieu par le Christ… Le Christ, alors, par la plénitude de son être individuel, de son Corps mystique, et de son Corps cosmique, sera, à Lui seul, la Jérusalem céleste, le Monde nouveau, où la multitude initiale des corps et des âmes – vaincue, mais reconnaissable et distincte encore – sera englobée dans une Unité qui la fera une seule Chose spirituelle.

Tous les efforts humains, dans l’action, la prière, la paix, la guerre, la science, la charité… doivent tendre à l’édification de cette bienheureuse Cité.

Ainsi s’achève, en une mystique, hautement réaliste, la philosophie de l’Union créatrice. Commencée sur des observations physiques et biologiques, continuée par des vues métaphysiques, elle se prolonge – toujours la même – en morale, en ascèse, en religion.

Semblable à la Philosophie antique, elle est bien plus qu’un système logique satisfaisant l’esprit : elle est une façon unique de vivre et de comprendre tout ».

L’Union créatrice, 1917, Ecrits du temps de la guerre, p. 224

Remo VESCIA Avignon, Palais des Papes, octobre 2015

Président honoraire du Centre Européen Teilhard

Commissaire de l’Exposition « Ensemble, construisons la Terre » après la projection du DVD.

vesciaremo@gmail.com

[1] Rappelons cette belle page du Phénomène Humain où, après avoir évoqué ce qu’il a appelé la Prévie, dans l’évolution de la matière et l’énergie spirituelle contenue dans le dedans des choses, Teilhard étudie l’apparition de la Vie, son expansion et la naissance de la pensée, le pas de la réflexion et le déploiement de la Noosphère : L’Homme est entré sans bruit…Depuis un siècle environ que s’est posé le problème scientifique des Origines humaines ; – je ne puis trouver une formule plus expressive pour résumer les découvertes de la Préhistoire…… L’Homme est entré sans bruit. En fait, il a marché si doucement que lorsque, trahi par les instruments de pierre indélébile qui multiplient sa présence, nous commençons à l’apercevoir  … etc      Le Phénomène Humain,   t . I des Œuvres Complètes, p.198

[2] . La Vie cosmique. Ecrits du Temps de la Guerre p. 25, première ébauche de sa grande vision du monde, écrite comme un testament, au front, en 1916, Teilhard s’écrie . « Soutenu par l’espoir immense de se grandir indéfiniment, de se béatifier lui-même, en prenant un point d’appui sur la Matière, l’homme, dans un renouveau de ferveur, se voue à l’étude passionnée des puissances de l’Univers et s’absorbe dans la recherche du grand Secret ; sa tâche austère s’enveloppe du reflet mystique par où fut illuminé le visage soucieux des alchimistes, auréolé le front des mages, divinisé le geste de Prométhée » 

[3] « Plus j’essaie de comprendre et de me comprendre, plus je me sens assoiffé d’un renouvellement humain ; mais plus aussi je me persuade que l’avenir est à ceux qui donneront, effrontément, à travers toutes les conventions nationalistes et bourgeoises, l’exemple d’une plus grande foi aux puissances de bien et d’esprit, cachées dans l’Homme, et d’un plus grand amour pour tout ce qui monte ou essaie de monter. Nous avons besoin d’un groupe de nouveaux saint François, – plus larges, agressifs et modernes que lui dans leur manière d’aimer le Monde, mais aussi logiques et ‘un-conventionnalistes’ que lui dans la pratique de leur idéal” (Accomplir l’Homme, p. 89).

Note du 6/02/1921 : “Montrer comment le mouvement de saint François n’a pas été seulement une réaction, mais une utilisation” ; et 4/10 : “Saint François, Renovatur facies Ecclesiae.” Cf. Péguy, Le Mystère de la Charité de Jeanne d’Arc : “Il y a eu des saints de toute sorte. Il a fallu des saints et des saintes de toute sorte. Et aujourd’hui il en faudrait peut-être encore d’une sorte de plus” (éd. de 1921, NRF, 20-21) ; “Ils ne veulent plus rien recevoir ; comment donner à celui qui ne veut plus recevoir : il faudrait des saintes ; il faudrait de nouvelles saintes, qui inventeraient de nouvelles sortes” (Ed. Béguin, 1957, 78). Dans son premier article, paru au même n° du Correspondant que les sonnets de Péguy (10 nov. 1912), Teilhard parlait de “cette Eglise indéfiniment jeune, penchée sur tous les âges avec une indéfinie sollicitude.”

[4] Quelques lettres de Teilhard, témoignent de son amour pour St François : à son ami et confrère Auguste Valensin, le 21/06/1921)”… Je rêve d’un nouveau saint François ou d’un nouveau saint Ignace qui viendraient nous présenter le nouveau genre de vie chrétienne (plus mêlée au monde et plus détachée, à la fois) dont nous avons besoin.” ou à sa cousine Marguerite (Genèse d’une Pensée – pp. 402-403) : “J’ai été assez touché, aujourd’hui, par ce que j’ai cru découvrir dans la fête des stigmates de saint François. Jusqu’ici, cette solennité m’avait paru assez indifférente. Cette fois-ci, d’un mélange de douleurs et de joie. Je ne sais si tel est le sens vrai du prodige : mais j’y ai vu une des figures et une des révélations les plus parfaites qu’il y ait jamais eu dans l’Eglise, de ce Christ universel et transformateur qui s’est montré, je crois, à saint Paul, et dont notre génération éprouve si invinciblement le besoin, etc.” (17/09/1919). 4/10/1919 : “Saint François, Heureux les initiateurs et leurs compagnons qui sont portés vers leur Idéal par leur genre de vie, au lieu de le traîner sur eux comme une pesanteur et une attraction à la banalité !” à L. Zanta, 15/10/19. 26 (Z, 79). 30/04/1927. La fonction poétique, selon Teilhard, est non seulement stimulée et favorisée par une perspective globale et englobante, par l’intuition et la passion du Tout, mais elle est essentiellement une démarche de synthèse. Teilhard n’est pas loin de partager cette opinion de Diderot : « Un sage était autrefois un philosophe, un poète, un musicien. Ces talents ont dégénéré en se séparant. La sphère de la philosophie s’est resserrée. Les idées ont manqué à la poésie. La force et l’énergie aux chants ; et la sagesse privée de ses organes, ne s’est plus fait entendre aux peuples avec le même charme. Un grand musicien et un grand poète lyrique répareraient tout le mal. » avec cependant une note d’optimisme plus accentuée. Et il aurait substitué « mystique » à « lyrique » dans la dernière phrase.

Hommage au Père Martelet

dimanche 13 septembre 2015 | Leave a Comment

Le Père Gustave Martelet sj nous a quittés

Gustave_Martelet_5Les obsèques
du Père Gustave Martelet sj,
décédé le 14 janvier
ont été célébrées
Samedi 18 janvier 2014

à 10h à l’église St Ignace
33 rue de Sèvres 75006

à Paris (Métro Sèvres Babylone)

Pierre Teilhard de Chardin Prêtre jésuite, homme de science et philosophe

Le 10 avril 1955, jour de Pâques, le Père Teilhard de Chardin meurt à New York. Celui qui meurt ce jour-là est né à Sarcenat en Auvergne, le 1er mai 1881.

Entre ces deux dates, tout un univers pour lui a progressivement vu le jour. Il nous faut d’abord brièvement tracer la trajectoire et suggérer l’immensité de cette vie, pour nous rappeler à qui nous avons à faire.

Un transhumant de la planète

Novice jésuite en pleine jeunesse, à 18 ans, Pierre Teilhard est, durant la seconde moitié de sa vie et au titre de la science, un transhumant de la planète. Dix fois au moins l’Europe le vit partir pour la Chine, sa patrie forcée d’adoption. Dix fois il en revient, soit directement par Suez, soit par le pourtour océanique de la terre. C’est ainsi qu’il traverse au moins cinq fois le Pacifique de la Chine à San Francisco, et autant de fois l’Atlantique, de New York à Paris ou en sens inverse. En 1931, membre de la Croisière jaune, il s’enfonce avec elle au coeur de la Mongolie méridionale et dans le désert de Gobi, ce qui ne l’avait pas dispensé auparavant de prendre deux fois le Transsibérien dans lequel il frôla le nord de l’Eurasie. Plus tard, il verra encore les Indes, la Birmanie, Java et, à la fin de sa vie, l’Afrique du Sud où le convoquent, en raison de sa compétence de géologue, attestée par plus de cent communications scientifiques, de grands savants ses amis. Sur les bateaux qui lui ouvrent les routes de la mer et du monde, on peut le voir lui-même, comme il le dit de Dieu, «penché sur le Miroir de la Terre pour y découvrir les traits de sa beauté » (Oeuvres de Teilhard, Seuil, VI, 57).

« Pierre Teilhard de Chardin est mort en 1955. Des monts d’Auvergne aux gratte-ciel new-yorkais, des tranchées de la Première Guerre mondiale à la Chine occupée par les Japonais, des falaises anglaises aux rives de la Mer Rouge, des forêts d’Asie aux collines d’Afrique du Sud, ce jésuite n’avait rien ignoré de ce qui était humain. Géologue, il avait pris au sérieux les travaux de ses collègues sur l’évolution du vivant et s’était intéressé aux traces de nos premiers ancêtres. Religieux et mystique, il avait vécu son engagement au sein de la Compagnie de Jésus avec une fidélité sans faille, malgré les sanctions dont il a été l’objet. Aventurier, il avait partagé la vie de la Croisière Jaune et celle de Henry de Monfreid. Il n’avait jamais cessé de chercher à unir sa quête et son intelligence de Dieu, avec son amour pour les hommes et les femmes de son temps. Cinquante ans après sa disparition, a-t-il encore quelque chose à nous dire ? Moi-même religieux, engagé dans le monde des sciences et des techniques, invité à répondre à cette question, je ne me suis pas tant intéressé à ses idées et à leur diffusion durant la seconde moitié du XXe siècle qu’à la vie même du jésuite : c’est l’homme, le phénomène Teilhard, pourrais-je dire, que j’ai ainsi découvert. Avec sa noblesse et son intelligence, son courage et sa générosité ; avec ses craintes aussi et ses hésitations, ses troubles et ses erreurs. Et si je savais déjà que ce gentilhomme de Dieu était de la trempe des géants, j’ai découvert en lui un grand frère sur les épaules duquel il fait bon se jucher ! »

Extrait de la postface de Jacques Arnould dans son livre « Teilhard de Chardin »

Cette terre, il la voit d’abord en géologue. Né au pied du Puy-de-Dôme, dans une maison dominée par l’horizon assagi des volcans du Primaire, il ne s’est pas livré comme Pascal à des mesures barométriques, mais il a été un enfant fasciné par la « solidité » et par la « consistance » (XIII, 26). Le « fer » en fut pour lui le premier des symboles. La guerre de 1914-1918 transforma en déluge de mort ce « fer » qu’il tenait comme enfant dans sa main.

Bientôt, ce ne seront plus les tranchées où les hommes agonisent qui lui donneront à penser, mais les grands sites quaternaires, où notre humanité naissante a laissé des crânes et des membres fortuitement fossilisés. En Chine, à Chou-Kou-Tien, Teilhard se trouve à l’heure du rendez-vous préhistorique avec le Sinanthrope. Nous sommes en 1929. Dans les environs de Pékin, se trouvent confirmées à quelque 600 000 ans de nous, les enfances asiatiques de l’humanité et la trace de ses premiers foyers allumés dans l’histoire. Loin de relativiser l’importance de l’homme dans la nature, de telles découvertes sont pour Teilhard le signe de l’enracinement de l’humanité dans l’histoire de l’univers et de la vie.

Et puisque nous nous trouvons nous-mêmes en pleine évolution culturelle, et que nous sommes aussi parfois tellement déroutés par elle, pourquoi ne pas voir en Teilhard non pas celui qui a réponse à tout, mais celui qui est allé si loin dans sa réflexion sur l’homme, sur l’évolution et sur le Christ, qu’il peut nous apporter encore énormément par son inspiration ?

L’homme de l’évolution pour Teilhard

Teilhard est l’un des premiers à avoir proposé une synthèse de l’Histoire de l’Univers telle qu’elle nous est généralement expliquée aujourd’hui par la communauté scientifique. Sa vision, présentée entre autre dans Le Phénomène Humain, est conçue autour du thème central de l’évolution. Il a notamment développé le concept de « noosphère », enveloppe pensante autour de la terre, et explicité le phénomène de planétisation auquel nous assistons. Il est resté tout au long de sa carrière scientifique internationale en contact avec le Muséum National d’Histoire Naturelle qui accueille sa Fondation.

Voir le site du Muséum National d’Histoire Naturelle  >>

« Depuis Galilée, écrit-il, il pouvait sembler que l’homme eût perdu toute position privilégiée dans l’Univers, sous l’influence grandissante des forces combinées d’invention et de socialisation. Le voilà en train de reprendre la tête, non plus dans la stabilité mais dans le mouvement, non plus en qualité de centre mais sous forme de flèche du monde en croissance. Néo-anthropocentrisme non plus de position, mais de direction de l’évolution. » (III, 349). Rappelons à quel titre et avec quelle conséquence. Dans son dernier livre Le genou de Lucie, Coppens rappelle qu’il y a une « histoire naturelle de l’humanité » : pas seulement culturelle, mais aussi naturelle. De son côté, comme astro-physicien, Reeves a pu dire que « nous sommes de la poussière d’étoiles ». Pas seulement cela, mais cela aussi et d’abord il n’en reste pas moins que l’homme ainsi compris est celui qui a franchi le Rubicon de la pensée, grâce au « pas de la réflexion », c’est-à-dire, commente Teilhard, « au pouvoir qu’il a de se replier sur soi, et de prendre possession de soi-même comme d’un objet doué de consistance et de valeur particulière. Non plus seulement connaître mais se connaître, non plus seulement savoir mais savoir que l’on sait. » (1, 181). Il n’est donc pas possible pour Teilhard qu’une telle grandeur finisse dans la disparition pure et simple de son bénéficiaire, ce qui serait le cas dans l’hypothèse d’un « univers qui continuerait à agir laborieusement dans l’attente consciente de la mort absolue. Ce serait un monde stupide, un monstre d’esprit, autant dire une chimère. Donc le monde porte en soi [doit porter en soi] les garanties d’un succès final dès lors qu’il admet en lui de la pensée. Un univers ne saurait plus être simplement temporaire, ni à évolution limitée. Il lui faut par structure émerger dans l’absolu. » (VI, 450).

Un tel refus de l’absurde par Teilhard devrait être plus approfondi qu’on ne le peut dans le cadre de ce bref article. Mais la nécessité de le faire répond à la nécessité de travailler, comme le dit Claude Guillebaud, à la « refondation du monde ». Il faut en effet pour Teilhard « refonder » ou même plus simplement fonder la dynamique de l’évolution. Elle le conduit, pour sa part, à la redécouverte d’un Dieu au toucher créateur qui soit d’évolution. Capable de désirer, de soutenir, d’accompagner de l’intérieur les effets cosmiques et planétaires des atomes, des cellules, des vivants et finalement des hommes, ce Dieu, Teilhard l’appelle Oméga, ultime lettre de l’alphabet grec. Il veut signaler ainsi l’originalité entièrement singulière d’un type de présence, de fonction et de divine identité, qui relève d’un Dieu dont les chrétiens confessent qu’il s’est incarné.

La christologie de Teilhard

Par son Incarnation, le Christ ne se rapporte donc pas seulement au péché pour le détruire, mais d’abord à l’identité de l’homme dans l’Univers que Dieu veut s’affilier (cf. saint Paul, Ephésiens 1, 2-6). C’est pourquoi, tout en étant « le Rédempteur, [le Christ, pour Teilhard,] n’a pu pénétrer l’étoffe du Cosmos, s’infuser dans le sang de l’univers, qu’en se fondant d’abord dans la matière pour en renaître ensuite. La petitesse du Christ dans son berceau et les petitesses bien plus grandes qui ont précédé son apparition parmi les hommes ne sont pas seulement une leçon morale d’humilité. Elles sont d’abord l’application d’une loi de naissance et consécutivement le signe d’une emprise définitive de Jésus sur le monde. C’est parce que le Christ s’est inoculé dans le monde comme un élément du monde qu’il n’est plus séparable de la croissance du monde, tellement incrusté dans le monde visible qu’on ne saurait plus l’en arracher désormais qu’en ébranlant les fondements mêmes de l’univers. » (IX, 89). L’incarnation est donc d’abord une incorporation de Dieu à la réalité du monde qui commande celle de l’homme, pour assurer à l’homme et au monde la signification dont ni l’un ni l’autre, vu l’amour qu’est dieu, ne peuvent finalement se passer.

Pour atteindre les racines de l’homme et pas seulement de l’univers, le Christ a voulu assumer les détours de l’Histoire. Dès lors, ne nous scandalisons pas sottement des attentes interminables que nous a imposées le Messie. Il ne fallait rien moins que les labeurs anonymes et effrayants de l’homme primitif, et la longue beauté égyptienne, et l’attente inquiète d’Israël, et le parfum lentement distillé des mystiques orientales, et la sagesse cent fois raffinée des Grecs, pour que sur la tige de Jessé et de l’humanité, la fleur pût éclore. Toutes ces préparations étaient cosmiquement, biologiquement nécessaires pour que le Christ prît pied sur la scène humaine, et tout ce travail était mû par l’éveil actif et créateur de son âme, en tant que cette âme humaine était élue pour animer l’univers. Quand le Christ a paru entre les bras de Marie, il venait de soulever le monde. » Parce que l’incarnation est une prise en compte, opérée par le Christ, il est descendu au plus bas de la terre jusqu’à la mort même. « En essuyant sur soi la mort individuelle, en mourant saintement la mort du monde, le Christ a opéré ce retournement de nos vues et de nos craintes, Il a vaincu la mort. Il lui a donné physiquement la valeur d’une métamorphose et avec lui, par elle, le monde a pénétré en Dieu. » (IX, 90). Cette métamorphose n’est rien d’autre que la Résurrection.

« La Résurrection, pense Teilhard, nous cherchons beaucoup trop à la regarder comme un événement apologétique et momentané, comme une petite revanche individuelle du Christ sur le tombeau. Elle est bien autre chose et bien plus que cela. Elle est un événement cosmique. Elle marque la prise de possession effective par le Christ de ses fonctions de Centre universel. […j Il s’est étendu jusqu’aux cieux après avoir touché les profondeurs de la terre. Quand, en face de l’univers dont l’immensité physique et spirituelle se révèle à nous de plus en plus vertigineuse, nous sommes effrayés du poids toujours croissant d’énergie et de gloire qu’il faut placer sur le Fils de Marie pour avoir le droit de continuer à l’adorer, alors, pensons à la Résurrection. » (IX, 92). La Résurrection est donc le paraphe de Dieu dans une humanité de mort devenant, grâce à Lui, une humanité de vie. Alors « sans exagération, on peut dire que l’objectivité et le critère le plus essentiel de l’orthodoxie chrétienne peuvent se ramener à ce point unique maintenir le Christ à la mesure et en tête de la Création. Quelque immense que se découvre le monde, la figure de Jésus ressuscité doit couvrir le monde. Telle est, depuis saint Jean et saint Paul, la règle fondamentale de la théologie. » (X, 222).

Ceci suppose donc un déplacement de la réflexion sur l’incarnation, du seul péché à détruire, vers une finitude à transfigurer. Non pas que ce déplacement évacue le péché. Mais ce péché est à comprendre de l’intérieur d’une condition humaine qui cherche dans le monde le pôle absolu dont il ne peut se dispenser… Le message chrétien le lui révèle et c’est ce message qui commande, pour Teilhard, ce qu’on peut appeler sa mystique.

La mystique de Teilhard

La mystique de Teilhard comporte un programme que l’on peut résumer dans trois verbes qui lui sont chers et par lesquels il définit les conditions du bonheur : se centrer, se décentrer, se surcentrer. »Se centrer » sur soi, afin d’exister dans le monde comme un individu, et non s’y disperser comme une vapeur d’eau. « Se décentrer », pour devenir soi-même grâce à l’amour de l’autre, donné et reçu. « Se surcentrer » sur un plus grand que soi, pour accomplir en nous l’Humanité. Pascal, parlant à mots couverts de l’infini de l’homme, a dit dans une sobriété littérairement géniale que « l’homme passe l’homme ». Or, celui qui passe l’homme sans le détruire, c’est évidemment le Christ.

Quant à son Visage, Teilhard nous l’a décrit, en fin de vie, dans une superbe prière :
« Seigneur de la Consistance et de l’Union,
vous dont la marque de reconnaissance et l’essence
sont de pouvoir croître indéfiniment,
sans déformation ni rupture,
à la mesure de la mystérieuse Matière
dont vous occupez le Coeur
et contrôlez en dernier ressort
tous les mouvements. »
(XIII, 20).

Tel était pour Teilhard « le secret de la Terre ». Tel fut le secret de sa vie. Tel devrait être, à ses yeux, le secret de l’Église à laquelle il demeura fidèle sa vie entière, malgré des incompréhensions cruelles, injustes et continues. Celles-ci auraient pu aigrir à tout jamais un coeur moins généreux que le sien et démobiliser un esprit moins assuré que lui. Mais à ses veux, « il suffit, pour la Vérité, d’apparaître une seule fois, dans un seul esprit, pour que rien ne puisse jamais l’empêcher de tout envahir et de tout enflammer. » (XIII, 117). Ces lignes sont du 15 mars 1955, un mois à peine avant sa mort.

Dans l’incapacité où nous sommes de deviner quels furent ses tout derniers sentiments, nous pouvons au moins nous reporter à l’interprétation qu’il fit du devoir de mourir, trente ans plus tôt dans Le Milieu Divin :

« Plus, au fond de ma chair,
le mal est incrusté et incurable,
plus ce peut être Vous que j’abrite  comme un principe aimant, actif, d’épuration et de détachement.
Plus l’avenir s’ouvre devant moi
comme une crevasse vertigineuse ou un passage obscur, plus, si je m’y aventure sur votre parole,
je puis avoir confiance de me perdre
et de m’abîmer en Vous. »
(IV, 95).

De tels propos éclairent ce que fut la vraie mystique de Teilhard qui peut fonder la nôtre. Ils nous disent ce qu’a pu être, à New York, la mort du Père Teilhard le 10 avril 1955, jour de Pâques, fête de la Résurrection.

Gustave Martelet, sj

Cet article évoque à grands traits le contenu d’un livre paru chez Lessius au cours de l’année 2005 :
la Primauté du Christ chez le Père Teilhard de Chardin
ou Teilhard de Chardin, prophète d’un Christ toujours plus grand

 

Pour acheter le livre >

>> Présentation du livre
>> Lire la Préface du livre par le Père François-Xavier Dumortier
>> Consulter la table des matières

 

 

Pour en savoir plus :

www. teilhard-international.com

Dossier sur Teilhard de Chardin dans croire aujourd’hui N°188
La révolution Teilhard
Teilhard de Chardin : un esprit scientifique à l’âme mystique >>
La Noosphère (dans la Rubrique Questions essentielles)  >>

Le Milieu Divin (dans la Rubrique Questions essentielles)  >>

Le site international sur Teilhard >>

Le site des amis de Pierre Teilhard de Chardin >>

Fondation Pierre Teilhard de Chardin
Le Muséum d’Histoire Naturelle et Teilhard
Site présentant de nombreux extraits de l’oeuvre de Teilhard
Une conférence à l’Eglise Réformée d’Auteuil

Présentation du livre

Le cinquantième anniversaire de la mort du P. Teilhard de Chardin est l’occasion de faire valoir la profondeur de sa pensée et de son inspiration authentiquement chrétienne. Imprégnée de culture scientifique, son oeuvre l’est non moins de fidélité paulinienne au mystère du Christ dans la Création. Cette fidélité implique, pour Teilhard, que le Christ soit présenté dans toute sa primauté et que l’homme soit défini selon sa transcendance et son indéniable originalité dans la nature.

« Prophète en procès », a-t-on dit de Teilhard. Ce procès, dans ce qu’il a d’injuste, doit pouvoir cesser, non par apologie – ce qu’il eût récusé -, mais par compréhension résolue et lucide, en tout cas toujours grande ouverte à la richesse chrétienne d’un héritage d’une telle importance.

En un temps où l’identité de l’homme et la pertinence de la Révélation sont largement remises en question, une nouvelle évangélisation peut découvrir un véritable stimulant et un sérieux appui dans la pensée d’un P. Teilhard de Chardin. On y trouve en effet un condensé du message chrétien autour du « Christ toujours plus grand » et d’une vision de l’homme conforme aux exigences conjuguées de la culture et de l’intelligence de la foi.

Gustave MARTELET, jésuite, a enseigné la théologie dans la Compagnie de Jésus pendant plus de cinquante ans à Lyon, Paris et Rome. Il a participé à Vatican II comme théologien des évêques francophones d’Afrique centrale et a écrit plusieurs ouvrages dont :
Résurrection, Eucharistie et genèse de l’homme (1972),
Deux mille ans d’Église en question (1984-1990),
Libre réponse à un scandale.
La faute originelle, la souffrance et la mort (1986),
L’au-delà retrouvé (1996)et Évolution et Création (1998).

PRÉFACE par le Père François-Xavier Dumortier (Provincial de France en 2006)

Depuis ce jour du 10 avril 1955 où le P. Teilhard de Chardin nous a quittés, l’originalité de sa démarche et la force de sa pensée n’ont pas cessé d’accompagner et de stimuler la réflexion de notre temps. Qu’il s’agisse de ses compagnons jésuites d’hier et d’aujourd’hui, qu’il s’agisse des hommes et des femmes qui trouvent dans ses écrits l’ouverture et le soutien dont ils ont besoin sur leur propre chemin, tous savent ce qu’ils lui doivent. L’ouvrage du P. Martelet vient à son heure pour montrer et démontrer combien la figure et le mystère du Christ sont au cœur de l’œuvre du P. Teilhard de Chardin et lui donnent une portée souvent négligée et parfois occultée, une portée fondamentale et essentielle. Car scruter le mystère de l’univers conduit Teilhard à découvrir, au travers de ses recherches, l’immensité du Christ en qui tout prend dimension nouvelle et consistance véritable. S’interroger sur l’homme fait à Teilhard emprunter beaucoup de chemins au travers de ce qui est connu et de ce qui reste inconnu mais ces chemins ne mèneraient nulle part s’ils ne témoignaient pas de sa relation intime et décisive au Verbe fait chair. Recevoir, accueillir et contempler ce que l’Écriture nous livre du mystère de Dieu et de l’événement du Christ devient, pour Teilhard, l’ardente exigence de regarder de manière nouvelle, c’est-à-dire à la lumière de la promesse du jour où tout s’accomplira en Christ, l’univers et son évolution, l’homme et ses origines, l’histoire du monde et la révélation de Dieu.

Alors, en lisant le P. Martelet, le lecteur s’éveille à cette impressionnante vision du Christ qui constitue le fondement et le cœur de la démarche de Teilhard. Quel témoignage nous est ainsi livré de la profondeur, de l’immensité et de l’universalité de l’événement christique! C’est, tout à la fois, de la présence du Christ à l’univers et du rapport de l’univers au Christ qu’il s’agit. Et, au fil des pages, le lecteur entend, comme s’adressant à lui, la parole du Ressuscité à Marie-Madeleine: « Ne me retiens pas » (Jn 20,17). Garder la mémoire du Christ, c’est désirer non pas Le saisir, mais Le laisser prendre, en tout et en tous, cette dimension toujours plus grande et toujours nouvelle qui se dévoile à mesure qu’on se laisse saisir par Lui. À la rigueur du lecteur attentif et passionné, le P. Martelet joint la vibrante intelligence de qui ne se satisfait pas de peu, quand il s’agit de faire droit et de rendre justice à celui que le désir du Christ conduisit à aller toujours plus loin dans l’ordre des exigences de l’intelligence et de la foi. Ainsi, aux confins de disciplines fréquemment juxtaposées et à l’articulation de savoirs trop souvent segmentés, Teilhard ouvre une route au Christ. Le P. Martelet ne manque pas d’incliquer ce qui peut rester flou dans la conceptualisation, ce qui n’est pas toujours heureux théologiquement, ou encore ce qui demeure approximatif dans la formulation. Mais, comme l’auteur de ce livre le dit aussi sans cesse, peut-on reprocher ses tâtonnements à une pensée qui recherche son expression la plus juste? Ne faut-il pas, d’abord et plutôt, reconnaître dans l’œuvre de Teilhard une résonance forte et nouvelle de textes qui, dans l’Écriture et dans la Tradition, disent la primauté du Christ? Ne faut-il pas comprendre, à la suite de Teilhard, que l’événement christique fait craquer bien des limites notamment celles des mots – tant « le Christ, partout présent et toujours croissant » ne cesse de requérir ce cœur ouvert et cet esprit large, sans lesquels l’homme n’accepte pas de se laisser mesurer par ce qui le dépasse et le déborde?

Dans la situation spirituelle de notre temps, cet ouvrage du P. Martelet ne vient pas seulement déciller les yeux et faire voir la source de lumière qui est au centre de l’œuvre du P. Teilhard de Chardin. Il montre, en suivant le chemin de pensée de Teilhard, combien il importe que l’homme, en se tournant vers un « Christ toujours plus grand », s’éveille à sa véritable grandeur. La question de Dieu ne fait pas nombre avec d’autres : elle saisit l’homme au plus profond de lui-même jusqu’à lui faire découvrir que le mystère de Dieu est essentiel à la compréhension de sa propre humanité. Aussi ce livre est-il autant un témoignage qu’un appel : c’est le témoignage rendu à un homme qui sut parler du Christ, de l’univers et de l’homme avec l’accent propre du croyant en attente de l’heure où Christ sera tout en tous. C’est aussi l’appel à vivre, sans crainte, la même passion du Christ sans jamais délier ce que le Verbe fait chair a uni pour toujours.

Un tel témoignage et un tel appel sont plus actuels que jamais.

François-Xavier DUMORTIER, s.j.

TABLE DES MATIÈRES

Préface: R.P. François-Xavier Dumortier s.j., Provincial de France …. 5

Introduction générale …………………….. 9

Première partie : REPÈRES SUR LA VIE, LA FOI ET L’OEUVRE DU PÈRE TEILHARD DE CHARDIN

Introduction …………………….. 19
Chapitre premier. Teilhard à grands traits …………………………… 21
Chap. 2. Florilège teilhardien sur le Christ ………………………….. 26
Chap. 3. Quelques grandes intuitions de Teilhard …..30
L’Homme de l’Évolution pour Teilhard ……………….. 30
De Galilée à la Noosphère ………………………………. 30
La Noosphère et l’énergie spirituelle …………………………………. 32
L’Ultra-humain …………………………………………………………… 33
Oméga .. …………………………………………………………………. 34
La christologie de Teilhard ……………………………………………….. 35
Partir du Christ et non d’abord d’Adam ………………………………… 36
Priorité de l’Incarnation sur la seule Rédemption ………………………. 38
La place de la Résurrection ………………………. 40
La place du péché ………………………………… 41
Le sens de l’Eucharistie …………………………… 42
Le retournement chrétien …………………………. 43
La mystique de Teilhard ….. ………………………. 44

 

Deuxième partie : LE CHRIST UNIVERSEL ET L’EXISTENCE CHRÉTIENNE

Introduction 49

Chap. 4. Le Christ universel ……………………………………………… 51
Du corps mystique comme « Monde d’âmes » .. ………… 53
Le Christ et l’Univers entier ……………………………… 55
Le Christ cosmique et le réalisme de l’Incarnation ……… 59
Le Christ universel et la Résurrection ……………………… 62

Chap. 5. La Création comme Union créatrice ……………. 67
L’ Union créatrice, le Multiple et le Néant ……………….. 68
L’acte créateur vu par Teilhard ………………………………..69
L’ Union créatrice et l’origine de l’esprit ………………………………71
L’apparition de l’homme par voie d’évolution dans l’Union créatrice ….. 74
Les six jours, le géocentrisme et l’explication de la mort ……….. 75
Un espoir de Teilhard qui demeure à combler ……………………… 78

Chap. 6. Activités et Passivités dans la vie du chrétien ………. 79
La divinisation des Activités ……………………… 80
La divinisation des Passivités ……………………… 85
Les Passivités de croissance ……………………… 86
Les Passivités de diminution, y compris la mort ……………………… 87

Chap. 7. Les « extensions » de l’Eucharistie ……………………… 91
Le point de départ ……………………… 91
L’intuition novatrice ……………………… 92
Le passage symbolique des espèces sacramentelles à la réalité du Monde .. 94
« La Messe sur le Monde » ……………………… 96

Chap. 8. Le Christ de la Parousie ……………………… 100
Chap. 9. L’Éternel Féminin …….. 104
Chap. 10. Fidélité à l’Église par amour du Christ ……………………… 109

Troisième partie : LE CHRIST UNIVERSEL ET UNE REFONTE DE LA VISION COURANTE DE L’HOMME ET DE DIEU

Introduction ……… 119

Chap. 11. La Chine: du Sinanthrope à l’Humanité ……………………… 123

La Chine : une déception qui tourne en fécondité ………………………123
Le séjour en Chine et l’ouverture prioritaire sur l’avenir de l’Humanité…127

Chap. 12. Le drame de l’Éden et l’énigme du Mal ……………………..130
I. 1916-1917 : le problème pressenti …………………………………… 131
1916, une double lecture possible de la souffrance ………………… 1311917, « La Lutte contre la Multitude » ……………………………….132

II. 1920-1927 : l’objet du litige et sa résolution christique …………. 133
1920, un péché originel trop petit pour le Christ ………………………. 133
1922, un péché originel aux dimensions du Christ universel ………….. 135
1926-1927, le maintien par Teilhard du péché dans son rapport à la Croix 140

III. 1932-1945 : la priorité constante de l’Évolution christiquement comprise 141     1933, retour à « l’Union créatrice » de 1917 ………….. 142
1934, la solution « haïssable » des « ombres de la foi » ……………..144
1938-1940, création et purification …………………………………….. 146
1942-1947, le Christ « Évoluteur » englobant le Christ « Rédempteur » 146
1945, l’intégration du Christ Évoluteur dans le Christ historique ……… 148
1947, « Réflexions sur le Péché originel » ………………………………. 148

IV. 1948: « Appendice » au Phénomène humain …………………. 151
L’ « optimisme » de Teilhard …………………. 151
La question du péché originel ………………………… 153

V. 1952: « Ce que le Monde attend de l’Église de Dieu » …………… 154
Conclusion …………………………. 155

Chap. 13. Le Personnel:
une tentative teilhardienne de genèse de l’Esprit …………………. 159
La conscience de soi comme « la maille du cosmos » ………………. 162
Le passé antérieur à l’homme comme « état de personnalité » ……. 164
Centréité et ouverture de la Personne …………………………………. 166
La « consommation de la Personne » ………………………………….. 168
L’amour comme « énergie de personnalisation » …………………….. 170
Le « Sens Sexuel » ……………………………………………………….. 170
Le « Sens Humain » et le « Sens Cosmique » …………………………. 172
Le triple élan de la Personne : se centrer, se décentrer, se surcentrer 174
Le Mal résiduel et son problème ……………………………………….. 175

Chap. 14. L’ Ultra-Humain : l’ouverture finale sur Oméga ………….. 179
La Matière et l’Esprit ……………………………………… 181
Le Tangentiel et le Radial ………………………………… 183
La Noosphère ………………………………………………. 184
L’ Ultra-humain ……………………………………………………….. 185
Oméga …………………………………………………………………….. 187
Comme un nouveau Présocratique chrétien de l’évolution …….. 188
Un en-deçà de profondeur à l’origine de l’humain …………………. 189
Pour un retour au premier « pas élémentaire » de l’humanisation ….. 192

Chap. 15. La naturalité de la mort et la transcendance de l’homme,
ou le roseau planétaire pensant ..194
L’apparition de l’homme et son développement progressif …………. 195
L’honneur longuement mérité de se savoir humain ………………….199
Pascal et l’homme comme « roseau pensant » …………………………201
Émergence et transcendance de ce « roseau pensant » …………..202
Le message intérieur à notre infirmité ………………………………….203
Le soupçon du roseau face au mystère de Dieu ……………………….204
L’absolu du soi dans le « roseau pensant » et dans « le pas de la réflexion » 206
Le roseau planétaire pensant ……………………………………………..208
Pascal et Teilhard …………………………………………………………..209

Chap. 16. Une confidence d’adulte sur une donnée d’enfance:
le Cœur de Jésus …………………………211
La confidence …………………………………………….. 211
Du Cœur de Jésus au Christique ………………….214

Chap. 17. « Une Nouvelle Face de Dieu » ………….. 218
Les obstacles à dépasser …………………………… 219
Un apport paulinien d’importance considérable …………221
Un symbole de génie pour dire l’Incarnation …………………223
L’incroyable devenir de l’Amour …………………225
L’Incarnation, cet au-delà de la Métaphysique …..228
La nouvelle face de Dieu et la profondeur trinitaire de l’Amour ……229
La conjugalité christique de Dieu ………. 231

Chap. 18. « Le Christique » ………………….. 233
Une expérience intime de portée générale ……….. 236
« La convergence de l’Univers » …………… 237
« L’émergence du Christ » ………………… 239
L’Univers christifié …………………………………………………………241
La « consommation » de l’Univers par le Christ ………………………242
La « consommation » du Christ par l’Univers …………………………243
Le Milieu divin …………………………………………………………….244
La religion de demain ………………….245

Chap. 19. « Le Phénomène Chrétien » …… 249
Chap. 20. Prière au Christ toujours plus grand …………………………..255
Épilogue. Saint Augustin et le P. Teilhard de Chardin ……………………259
Petit lexique teilhardien ….. 263
Répertoire des textes cités ……………………………………….. 271

Acheter le livre

Comment Teilhard a-t-il pu rester
un « enfant d’obéissance » ?

Message du Père Kolvenbach, Supérieur général de la Compagnie de Jésus, jusqu’en 2008 au colloque Teilhard organisé à l’université grégorienne (Rome) en octobre 2004

Que ce Colloque sur le Père Teilhard se tienne à Rome, et à l’université Grégorienne, me semble particulièrement significatif. Je voudrais seulement mettre ce fait en relief.

Le Père Pierre Teilhard de Chardin a rendu deux fois visite a la Ville éternelle: en 1948 et en 1951. Il reconnaît, dans une de ses lettres, qu’il a pu y parler avec toute la franchise qu’il considère comme un des trésors les plus précieux de la Compagnie de Jésus. Au Supérieur général d’alors, le Père Jean-Baptiste Janssens, il a pu exprimer le sentiment profond qu’il a de la réalité organique du monde. Ce sentiment l’a marqué depuis l’enfance, et il a mûri au fil des années, devenant la conviction d’une convergence générale de l’univers vers Celui « in quo omnia constant », ce Christ que la Compagnie, selon son propre aveu, lui a appris à aimer.

Il confesse franchement à son Supérieur général que sans cette extraordinaire et inépuisable source de clarté, il lui est devenu presque physiquement impossible de respirer, de croire, d’adorer. Jamais le Christ ne lui a paru plus réel, ni plus personnel, ni plus immense. Comment dès lors, s’interroge-t-il, admettre que cette orientation dans laquelle il s’est engagé soit mauvaise ?

Sans doute reconnaît-il pleinement que Rome puisse avoir ses raisons d’estimer que sa vision, sous sa forme présente, est prématurée, incomplète, et que la diffuser présenterait des inconvénients. En tout cas,

il est décidé, écrit-il d’Afrique du Sud le 12 octobre 1951, à rester « enfant d’obéissance », de fidélité et de docilité. Pour cette raison, il donne par la suite la priorité à son approfondissement spirituel personnel, non à la propagation de ses idées. Son entretien avec le Père Janssens se termine ainsi : « Vous pouvez compter à fond sur moi pour travailler au Règne de Dieu, qui est la seule chose que je voie et qui m’intéresse à travers la science. »

Dans le plus pur esprit ignatien, il ne pense pas que cet approfondissement personnel puisse demeurer caché : « si je n’écrivais pas, je trahirais », note-t-il. Mais cela demeure un témoignage intérieur, qui ne s’impose pas mais se propose, à tous ceux en qui vivent le sens cosmique, la foi chrétienne au monde, et l’engagement pour la construction de l’avenir.

Pour accomplir cette mission, il n’était pas soutenu par un optimisme indéfectible. Il pouvait être découragé, angoissé. Mais le mystère pascal le faisait oser. C’est un dimanche de Pâques qu’il achève la « Messe sur le monde », c’est un dimanche de Pâques qu’il est mort.

Dans la « Messe sur le monde », il reprend la vision inaugurale du Christ de l’Apocalypse, ce livre qui voit des cataclysmes briser le monde, et l’espérance pascale portée par les témoins de l’Agneau. « Vous que mon être appelait d’un désir aussi vaste que l’univers, vous êtes vraiment mon Seigneur et mon Dieu. »

Que ce Seigneur rassemble en son exubérante unité les travaux, les efforts et les fruits de ce Colloque, qui se tient a Rome, en l’Université grégorienne.

P.H. Kolvenbach, sj

Pierre Teilhard de Chardin Prêtre jésuite, homme de science et philosophe

mardi 16 juin 2015 | Leave a Comment

Pierre Teilhard de Chardin Prêtre jésuite, homme de science et philosophe

Le 10 avril 1955, jour de Pâques, le Père Teilhard de Chardin meurt à New York. Celui qui meurt ce jour-là est né à Sarcenat en Auvergne, le 1er mai 1881.

Entre ces deux dates, tout un univers pour lui a progressivement vu le jour. Il nous faut d’abord brièvement tracer la trajectoire et suggérer l’immensité de cette vie, pour nous rappeler à qui nous avons à faire.

 

Un transhumant de la planète

Novice jésuite en pleine jeunesse, à 18 ans, Pierre Teilhard est, durant la seconde moitié de sa vie et au titre de la science, un transhumant de la planète. Dix fois au moins l’Europe le vit partir pour la Chine, sa patrie forcée d’adoption. Dix fois il en revient, soit directement par Suez, soit par le pourtour océanique de la terre. C’est ainsi qu’il traverse au moins cinq fois le Pacifique de la Chine à San Francisco, et autant de fois l’Atlantique, de New York à Paris ou en sens inverse. En 1931, membre de la Croisière jaune, il s’enfonce avec elle au coeur de la Mongolie méridionale et dans le désert de Gobi, ce qui ne l’avait pas dispensé auparavant de prendre deux fois le Transsibérien dans lequel il frôla le nord de l’Eurasie. Plus tard, il verra encore les Indes, la Birmanie, Java et, à la fin de sa vie, l’Afrique du Sud où le convoquent, en raison de sa compétence de géologue, attestée par plus de cent communications scientifiques, de grands savants ses amis. Sur les bateaux qui lui ouvrent les routes de la mer et du monde, on peut le voir lui-même, comme il le dit de Dieu, «penché sur le Miroir de la Terre pour y découvrir les traits de sa beauté » (Oeuvres de Teilhard, Seuil, VI, 57).

 

 

Un livre de Jacques Arnould

« Pierre Teilhard de Chardin est mort en 1955. Des monts d’Auvergne aux gratte-ciel new-yorkais, des tranchées de la Première Guerre mondiale à la Chine occupée par les Japonais, des falaises anglaises aux rives de la Mer Rouge, des forêts d’Asie aux collines d’Afrique du Sud, ce jésuite n’avait rien ignoré de ce qui était humain. Géologue, il avait pris au sérieux les travaux de ses collègues sur l’évolution du vivant et s’était intéressé aux traces de nos premiers ancêtres. Religieux et mystique, il avait vécu son engagement au sein de la Compagnie de Jésus avec une fidélité sans faille, malgré les sanctions dont il a été l’objet. Aventurier, il avait partagé la vie de la Croisière Jaune et celle de Henry de Monfreid. Il n’avait jamais cessé de chercher à unir sa quête et son intelligence de Dieu, avec son amour pour les hommes et les femmes de son temps. Cinquante ans après sa disparition, a-t-il encore quelque chose à nous dire ? Moi-même religieux, engagé dans le monde des sciences et des techniques, invité à répondre à cette question, je ne me suis pas tant intéressé à ses idées et à leur diffusion durant la seconde moitié du XXe siècle qu’à la vie même du jésuite : c’est l’homme, le phénomène Teilhard, pourrais-je dire, que j’ai ainsi découvert. Avec sa noblesse et son intelligence, son courage et sa générosité ; avec ses craintes aussi et ses hésitations, ses troubles et ses erreurs. Et si je savais déjà que ce gentilhomme de Dieu était de la trempe des géants, j’ai découvert en lui un grand frère sur les épaules duquel il fait bon se jucher ! »

Extrait de la postface de Jacques Arnould dans son livre « Teilhard de Chardin »

 

Cette terre, il la voit d’abord en géologue. Né au pied du Puy-de-Dôme, dans une maison dominée par l’horizon assagi des volcans du Primaire, il ne s’est pas livré comme Pascal à des mesures barométriques, mais il a été un enfant fasciné par la « solidité » et par la « consistance » (XIII, 26). Le « fer » en fut pour lui le premier des symboles. La guerre de 1914-1918 transforma en déluge de mort ce « fer » qu’il tenait comme enfant dans sa main.

 

Bientôt, ce ne seront plus les tranchées où les hommes agonisent qui lui donneront à penser, mais les grands sites quaternaires, où notre humanité naissante a laissé des crânes et des membres fortuitement fossilisés. En Chine, à Chou-Kou-Tien, Teilhard se trouve à l’heure du rendez-vous préhistorique avec le Sinanthrope. Nous sommes en 1929. Dans les environs de Pékin, se trouvent confirmées à quelque 600 000 ans de nous, les enfances asiatiques de l’humanité et la trace de ses premiers foyers allumés dans l’histoire. Loin de relativiser l’importance de l’homme dans la nature, de telles découvertes sont pour Teilhard le signe de l’enracinement de l’humanité dans l’histoire de l’univers et de la vie.

Et puisque nous nous trouvons nous-mêmes en pleine évolution culturelle, et que nous sommes aussi parfois tellement déroutés par elle, pourquoi ne pas voir en Teilhard non pas celui qui a réponse à tout, mais celui qui est allé si loin dans sa réflexion sur l’homme, sur l’évolution et sur le Christ, qu’il peut nous apporter encore énormément par son inspiration ?

 

L’homme de l’évolution pour Teilhard

Teilhard est l’un des premiers à avoir proposé une synthèse de l’Histoire de l’Univers telle qu’elle nous est généralement expliquée aujourd’hui par la communauté scientifique. Sa vision, présentée entre autre dans Le Phénomène Humain, est conçue autour du thème central de l’évolution. Il a notamment développé le concept de « noosphère », enveloppe pensante autour de la terre, et explicité le phénomène de planétisation auquel nous assistons. Il est resté tout au long de sa carrière scientifique internationale en contact avec le Muséum National d’Histoire Naturelle qui accueille sa Fondation.

Voir le site du Muséum National d’Histoire Naturelle  >>

« Depuis Galilée, écrit-il, il pouvait sembler que l’homme eût perdu toute position privilégiée dans l’Univers, sous l’influence grandissante des forces combinées d’invention et de socialisation. Le voilà en train de reprendre la tête, non plus dans la stabilité mais dans le mouvement, non plus en qualité de centre mais sous forme de flèche du monde en croissance. Néo-anthropocentrisme non plus de position, mais de direction de l’évolution. » (III, 349). Rappelons à quel titre et avec quelle conséquence. Dans son dernier livre Le genou de Lucie, Coppens rappelle qu’il y a une « histoire naturelle de l’humanité » : pas seulement culturelle, mais aussi naturelle. De son côté, comme astro-physicien, Reeves a pu dire que « nous sommes de la poussière d’étoiles ». Pas seulement cela, mais cela aussi et d’abord il n’en reste pas moins que l’homme ainsi compris est celui qui a franchi le Rubicon de la pensée, grâce au « pas de la réflexion », c’est-à-dire, commente Teilhard, « au pouvoir qu’il a de se replier sur soi, et de prendre possession de soi-même comme d’un objet doué de consistance et de valeur particulière. Non plus seulement connaître mais se connaître, non plus seulement savoir mais savoir que l’on sait. » (1, 181). Il n’est donc pas possible pour Teilhard qu’une telle grandeur finisse dans la disparition pure et simple de son bénéficiaire, ce qui serait le cas dans l’hypothèse d’un « univers qui continuerait à agir laborieusement dans l’attente consciente de la mort absolue. Ce serait un monde stupide, un monstre d’esprit, autant dire une chimère. Donc le monde porte en soi [doit porter en soi] les garanties d’un succès final dès lors qu’il admet en lui de la pensée. Un univers ne saurait plus être simplement temporaire, ni à évolution limitée. Il lui faut par structure émerger dans l’absolu. » (VI, 450).

Un tel refus de l’absurde par Teilhard devrait être plus approfondi qu’on ne le peut dans le cadre de ce bref article. Mais la nécessité de le faire répond à la nécessité de travailler, comme le dit Claude Guillebaud, à la « refondation du monde ». Il faut en effet pour Teilhard « refonder » ou même plus simplement fonder la dynamique de l’évolution. Elle le conduit, pour sa part, à la redécouverte d’un Dieu au toucher créateur qui soit d’évolution. Capable de désirer, de soutenir, d’accompagner de l’intérieur les effets cosmiques et planétaires des atomes, des cellules, des vivants et finalement des hommes, ce Dieu, Teilhard l’appelle Oméga, ultime lettre de l’alphabet grec. Il veut signaler ainsi l’originalité entièrement singulière d’un type de présence, de fonction et de divine identité, qui relève d’un Dieu dont les chrétiens confessent qu’il s’est incarné.

 

La christologie de Teilhard

Par son Incarnation, le Christ ne se rapporte donc pas seulement au péché pour le détruire, mais d’abord à l’identité de l’homme dans l’Univers que Dieu veut s’affilier (cf. saint Paul, Ephésiens 1, 2-6). C’est pourquoi, tout en étant « le Rédempteur, [le Christ, pour Teilhard,] n’a pu pénétrer l’étoffe du Cosmos, s’infuser dans le sang de l’univers, qu’en se fondant d’abord dans la matière pour en renaître ensuite. La petitesse du Christ dans son berceau et les petitesses bien plus grandes qui ont précédé son apparition parmi les hommes ne sont pas seulement une leçon morale d’humilité. Elles sont d’abord l’application d’une loi de naissance et consécutivement le signe d’une emprise définitive de Jésus sur le monde. C’est parce que le Christ s’est inoculé dans le monde comme un élément du monde qu’il n’est plus séparable de la croissance du monde, tellement incrusté dans le monde visible qu’on ne saurait plus l’en arracher désormais qu’en ébranlant les fondements mêmes de l’univers. » (IX, 89). L’incarnation est donc d’abord une incorporation de Dieu à la réalité du monde qui commande celle de l’homme, pour assurer à l’homme et au monde la signification dont ni l’un ni l’autre, vu l’amour qu’est dieu, ne peuvent finalement se passer.

 

Pour atteindre les racines de l’homme et pas seulement de l’univers, le Christ a voulu assumer les détours de l’Histoire. Dès lors, ne nous scandalisons pas sottement des attentes interminables que nous a imposées le Messie. Il ne fallait rien moins que les labeurs anonymes et effrayants de l’homme primitif, et la longue beauté égyptienne, et l’attente inquiète d’Israël, et le parfum lentement distillé des mystiques orientales, et la sagesse cent fois raffinée des Grecs, pour que sur la tige de Jessé et de l’humanité, la fleur pût éclore. Toutes ces préparations étaient cosmiquement, biologiquement nécessaires pour que le Christ prît pied sur la scène humaine, et tout ce travail était mû par l’éveil actif et créateur de son âme, en tant que cette âme humaine était élue pour animer l’univers. Quand le Christ a paru entre les bras de Marie, il venait de soulever le monde. » Parce que l’incarnation est une prise en compte, opérée par le Christ, il est descendu au plus bas de la terre jusqu’à la mort même. « En essuyant sur soi la mort individuelle, en mourant saintement la mort du monde, le Christ a opéré ce retournement de nos vues et de nos craintes, Il a vaincu la mort. Il lui a donné physiquement la valeur d’une métamorphose et avec lui, par elle, le monde a pénétré en Dieu. » (IX, 90). Cette métamorphose n’est rien d’autre que la Résurrection.

« La Résurrection, pense Teilhard, nous cherchons beaucoup trop à la regarder comme un événement apologétique et momentané, comme une petite revanche individuelle du Christ sur le tombeau. Elle est bien autre chose et bien plus que cela. Elle est un événement cosmique. Elle marque la prise de possession effective par le Christ de ses fonctions de Centre universel. […j Il s’est étendu jusqu’aux cieux après avoir touché les profondeurs de la terre. Quand, en face de l’univers dont l’immensité physique et spirituelle se révèle à nous de plus en plus vertigineuse, nous sommes effrayés du poids toujours croissant d’énergie et de gloire qu’il faut placer sur le Fils de Marie pour avoir le droit de continuer à l’adorer, alors, pensons à la Résurrection. » (IX, 92). La Résurrection est donc le paraphe de Dieu dans une humanité de mort devenant, grâce à Lui, une humanité de vie. Alors « sans exagération, on peut dire que l’objectivité et le critère le plus essentiel de l’orthodoxie chrétienne peuvent se ramener à ce point unique maintenir le Christ à la mesure et en tête de la Création. Quelque immense que se découvre le monde, la figure de Jésus ressuscité doit couvrir le monde. Telle est, depuis saint Jean et saint Paul, la règle fondamentale de la théologie. »

(X, 222).

Ceci suppose donc un déplacement de la réflexion sur l’incarnation, du seul péché à détruire, vers une finitude à transfigurer. Non pas que ce déplacement évacue le péché. Mais ce péché est à comprendre de l’intérieur d’une condition humaine qui cherche dans le monde le pôle absolu dont il ne peut se dispenser… Le message chrétien le lui révèle et c’est ce message qui commande, pour Teilhard, ce qu’on peut appeler sa mystique.

 

La mystique de Teilhard

La mystique de Teilhard comporte un programme que l’on peut résumer dans trois verbes qui lui sont chers et par lesquels il définit les conditions du bonheur : se centrer, se décentrer, se surcentrer. »Se centrer » sur soi, afin d’exister dans le monde comme un individu, et non s’y disperser comme une vapeur d’eau. « Se décentrer », pour devenir soi-même grâce à l’amour de l’autre, donné et reçu. « Se surcentrer » sur un plus grand que soi, pour accomplir en nous l’Humanité. Pascal, parlant à mots couverts de l’infini de l’homme, a dit dans une sobriété littérairement géniale que « l’homme passe l’homme ». Or, celui qui passe l’homme sans le détruire, c’est évidemment le Christ.

Quant à son Visage, Teilhard nous l’a décrit, en fin de vie, dans une superbe prière :
« Seigneur de la Consistance et de l’Union,
vous dont la marque de reconnaissance et l’essence
sont de pouvoir croître indéfiniment,
sans déformation ni rupture,
à la mesure de la mystérieuse Matière
dont vous occupez le Coeur
et contrôlez en dernier ressort
tous les mouvements. »
(XIII, 20).

Tel était pour Teilhard « le secret de la Terre ». Tel fut le secret de sa vie. Tel devrait être, à ses yeux, le secret de l’Église à laquelle il demeura fidèle sa vie entière, malgré des incompréhensions cruelles, injustes et continues. Celles-ci auraient pu aigrir à tout jamais un coeur moins généreux que le sien et démobiliser un esprit moins assuré que lui. Mais à ses veux, « il suffit, pour la Vérité, d’apparaître une seule fois, dans un seul esprit, pour que rien ne puisse jamais l’empêcher de tout envahir et de tout enflammer. » (XIII, 117). Ces lignes sont du 15 mars 1955, un mois à peine avant sa mort.

Dans l’incapacité où nous sommes de deviner quels furent ses tout derniers sentiments, nous pouvons au moins nous reporter à l’interprétation qu’il fit du devoir de mourir, trente ans plus tôt dans Le Milieu Divin :

« Plus, au fond de ma chair,
le mal est incrusté et incurable,
plus ce peut être Vous que j’abrite  comme un principe aimant, actif, d’épuration et de détachement.
Plus l’avenir s’ouvre devant moi
comme une crevasse vertigineuse ou un passage obscur, plus, si je m’y aventure sur votre parole,
je puis avoir confiance de me perdre
et de m’abîmer en Vous. »
(IV, 95).

De tels propos éclairent ce que fut la vraie mystique de Teilhard qui peut fonder la nôtre. Ils nous disent ce qu’a pu être, à New York, la mort du Père Teilhard le 10 avril 1955, jour de Pâques, fête de la Résurrection.

Gustave Martelet, sj

Cet article évoque à grands traits le contenu d’un livre paru chez Lessius au cours de l’année 2005 :
la Primauté du Christ chez le Père Teilhard de Chardin
ou Teilhard de Chardin, prophète d’un Christ toujours plus grand

Pour acheter le livre >

>> Présentation du livre
>> Lire la Préface du livre par le Père François-Xavier Dumortier
>> Consulter la table des matières

 

 

L’Expo à Troyes du 4 au 14 juin 2015

dimanche 17 mai 2015 | Leave a Comment

Le groupe de Troyes de l’Association des Amis de Pierre TEILHARD DE CHARDIN

Organise du 4 au 14 juin, dans le cadre du FESTIVAL D’ART SACRE la présentation de l’Exposition itinérante “Ensemble, construisons la Terre”                          commissaire  REMO VESCIA

 

ENSEMBLE, CONSTRUISONS LA TERRE

 

L’exposition propose une synthèse de la vision cosmologique de ces trois personnages sous la forme d’une méditation inspirée par leurs écrits, pensées, prières, poèmes ou calligraphies et illustrée par des photographies, reproductions et panneaux documentaires.

Le fil conducteur en est la phrase de Pierre TEILHARD de CHARDIN dans L’énergie Humaine:

« L’âge des nations est passé. Il s’agit maintenant pour nous, si nous ne voulons pas périr, de secouer les anciens préjugés, et de construire la Terre ».

En découle un itinéraire en cinq étapes destiné à faire comprendre comment, au fur et à mesure que vous avancez dans le parcours indiqué par TEILHARD et enrichi par l’extraordinaire convergence de pensée de St François d’ASSISE et de François CHENG, vous pourrez atteindre l’objectif qui donne un sens à votre vie : construire dans la Joie une civilisation de Paix et d’Amour.

 

L’église SAINT-NIZIER de Troyes (place Saint-Nizier) servira de cadre à cette exposition.

 

Les horaires d’accès seront  pendant toute la durée du festival d’art sacré de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00.

 

Un guide sera présent et pourra répondre aux questions des visiteurs.

 

Le groupe de Troyes de l’Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin vous invite à assister à la conférence qui sera donnée par Mr. Rémo VESCIA

 

Le vendredi 5 juin à 16h30 au Centre de Formation Diocésain

10 Rue de l’Isle – 10000 TROYES

 

HYMNE A LA MATIERE

 

Le conférencier Monsieur Rémo VESCIA. est le créateur, le commissaire de l’exposition: « ENSEMBLE, CONSTRUISONS LA TERRE” qui sera visible de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 16h00 à L’Eglise Saint-Nizier, Place Saint-Nizier à Troyes du 4 au 14 juin 2015.

 

Remo Vescia après avoir assumé la direction de la communication chez IBM, fut de 1985 à 1987 chargé de mission pour le mécénat auprès du ministère de la culture,

puis des affaires culturelles de la ville de Paris. Enseignant dans plusieurs écoles d’art parisiennes. Il intervient en France et à l’étranger comme consultant en affaires culturelles pour le mécénat. Il est président du Centre TEILHARD international.

 

Le thème de la conférence est le chant d’espérance que le père TEILHARD DE CHARDIN, prophète, visionnaire des temps modernes a entonné, il y a prés d’un siècle. Il est le plus intelligible Cantique des créatures de notre temps.

Un des textes les plus considérables de la littérature et de la science moderne. Il a rejoint ainsi, la cohorte réduite des quelques grands poètes qui, par la vertu du verbe, ont transformé le monde, les poètes prophètes. Il est certainement, l’un des plus grands pionniers du renouveau spirituel de notre temps.

 

LA VIDEO de l’EXPOSITION

samedi 4 octobre 2014 | Leave a Comment

 

Conférence-débat « L’actualité de Teilhard dans l’esprit d’Assise et du Pape François » Lundi 10 février 2014 à 18H30

lundi 20 janvier 2014 | Leave a Comment

* avec Remo Vescia, président émérite du Centre Européen Teilhard

Lundi 10 février 2014 à 18H30

24 rue Saint Roch 75001 Paris,  dans la chapelle du Calvaire (au fond de la cour)

Présenté et animé par Olivier Moulin-Roussel, Président d’Honneur de l’Espace Georges Bernanos et Christine Archambault , Présidente du FFNE, le débat est placé sous la direction du Père Thierry de L’Epine

Renseignements au 01 45 51 94 37 et en ligne : www.aisr.fr ou www.collegedesbernardins.fr

*Les amis de Pierre Teilhard de Chardin qui ont grandement aidé à sa réputation sont de plus en plus nombreux et combien efficaces. Notre ami Remo Vescia est de ceux-là.

Expert en communication, président émérite du Centre Européen Teilhard, n’avait-il pas mis tout son talent pour le lancement des colloques qui ont précédé, en divers pays, les 50 ans de la mort de Teilhard ? N’a-t-il pas plus récemment conçu, promu et montré la magnifique exposition qui entreprend avec succès une itinérance internationale? “Ensemble construisons la terre, avec François d’Assise, Pierre Teilhard de Chardin et François Cheng”.

Pour nous qui révérons Saint François, nous ne pouvions que nous réjouir de l’arrivée du Pape François, augurant d’un retour à l’Esprit d’Assise. Nous le verrions volontiers figurer sur la fresque de Giotto et soulager de son épaule celle du Saint, en soutien d’une Eglise chancelante.

Remo Vescia nous propose en guise d’introduction, ces quelques ligne du franciscain Eloi Leclerc qui ouvrent le catalogue de l’exposition. “…François d’Assise et Teilhard étaient des hommes passionnés qui ont su capter toutes les forces d’ombre pour en faire des forces d’amour, d’unité….Les grands spirituels nous montrent la voie du salut : l’homme doit dépasser l’homme. Il lui faut s’ouvrir à l’amour du Créateur pour son œuvre tout entière jusqu’aux plus humbles créatures. Et ce qui parle le mieux à nos contemporains, c’est son regard, un regard où se reflète précisément son amour des créatures …un regard de pauvre qui fait de l’homme un témoin et un relais de l’Amour créateur.”

Colloque de Rome les 9 et 10 novembre 2012

samedi 10 novembre 2012 | Leave a Comment

ROME, mardi 13 novembre 2012 (Zenit.org) – Benoît XVI a salué les participants d’un congrès sur Teihard de Chardin (1881-1955), lors de l’angélus du dimanche 11 novembre.

Après l’angélus, place Saint-Pierre, le pape a en effet dit en italien  : «  Je suis heureux de saluer les participants du congrès sur le P. Teilhard de Chardin, qui s’est tenu ces jours-ci à la Grégorienne  ».

Ce congrès a en effet eu lieu à l’université pontificale grégorienne, les vendredi 9 et samedi 10 novembre, sous la présidence du cardinal français Paul Poupard, président émérite du Conseil pontifical de la Culture. Jésuite, le P. Teihard de Chardin, était en quelque sorte un génie universel  : géologue, théologien, paléontologue et philosophe.

Radio Vatican le salue comme «  l’une des figures les plus riches du catholicisme au XXème siècle  ».

Pour les organisateurs de ce colloque, plus de 50 ans après sa mort, la pensée du père Pierre Teilhard de Chardin mérite d’être explorée notamment parce qu’elle propose «  une vision originale de l’homme et de Dieu, de plus en plus pertinente face à la mondialisation qui impose une nouvelle manière de vivre ensemble  ».

Il s’est aussi agi, dans el sillage de l’Année de la foi et de l’anniversaire du Concile, de «  mettre en évidence l’influence des intuitions du père Teilhard de Chardin sur les conclusions du Concile Vatican II  ».

Téléchargez le programme du colloque de Rome 2012

Dépliant Rome-2

« Page précédentePage suivante »

Plan du site | Réalisation Gd6d | Illustrations Loretta Cavicchi | Administrateur