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Hymne à la matière

Dieu rayonnait au sommet de la Matière dont les flots lui apportaient l’Esprit. L’Homme tomba à genoux dans le char de feu qui l’emportait.

Et il dit ceci:

Je te salue universelle puissance de rapprochement et d’union, par où se     relient la foule des monades et en qui elles convergent toutes sur la route de l’Esprit.
……

Je te salue, Milieu divin, chargé de Puissance créatrice, Océan agité par l’Esprit, Argile pétrie et animée par le Verbe incarné.
Croyant obéir à ton Irrésistible appel, les hommes se précipitent souvent par amour pour toi dans l’abîme extérieur des jouissances égoïstes. – Un reflet les trompe, ou un écho, je le vois maintenant.

Pour t’atteindre, Matière, il faut que, partis d’un universel contact avec tout ce qui se meut ici-bas, nous sentions peu à peu, s’évanouir entre nos mains les formes particulières de tout ce que nous tenons, jusqu’à ce que nous demeurions aux prises avec la seule essence de toutes les consistances et de toutes les unions.

Il faut, si nous voulons t’avoir, que nous te sublimions dans la douleur après t’avoir voluptueusement saisie dans nos bras.
Tu règnes, Matière, dans les hauteurs sereines où s’imaginent t’éviter les Saints, – Chair si transparente et si mobile que nous ne te distinguons plus d’un esprit.
Enlève-moi là-haut, Matière, par l’effort, la séparation et la mort, – enlève-moi là où il sera possible, enfin, d’embrasser chastement l’Univers! ».

En bas, sur le désert redevenu tranquille, quelqu’un pleurait : Mon Père, mon Père ! Quel vent fou l’a emporté !».

Et par terre gisait un manteau.

Jersey, 8 août 1919