Laudato si’

LAUDATO SI. Construire la Terre de demain.

 

L’encyclique du Pape François encourage à agir, non seulement ceux qui aiment la nature, les arbres et l’eau mais tous les habitants de la terre, sans exclusion.

Un grand souffle la traverse. Plus encore que le raisonnement et la logique, ce que veut le pape, c’est provoquer l’adhésion : que la cause écologique ne reste pas une connaissance intellectuelle mais qu’elle pénètre le cœur, qu’elle devienne un appel qui touche au plus profond de chacun de nous. Dès sa dénomination, l'exclamation "Loué sois-tu" renvoie au Cantique des créatures de saint François d'Assise, à sa théologie et à son expérience spirituelle, d'une grande actualité, à sa vision cosmique. L’encyclique « Loué sois-tu » témoigne non seulement d’une grande ouverture mais d’un remarquable dynamisme : elle n’est pas ‘statique’, on ne saurait la réduire à un ‘inventaire’ ou une feuille de route. Une large vision guide les suggestions concrètes de l’encyclique. Elle s’intitule “Loué sois-tu” et parle du souci de la “maison commune” de tous les êtres humains. En ce sens, c’est une encyclique éminemment sociale, mais extra-large, qui s’adresse à toute la famille humaine.

C’est en somme à la conscience de tous et de chacun que le pape s’adresse. Et après avoir parcouru l’encyclique, on ne peut plus dire : « cela ne me concerne pas, à ma pauvre échelle, je suis impuissant… ».

 

Un impératif moral

Cette responsabilité à tous les niveaux, s’appuie sur les causes, donc sur ce que l’on pourrait appeler en termes à la fois écologiques et spirituels la ‘réparation’. En effet, pour ce qui est de la cause du réchauffement climatique, la position du pape peut se résumer ainsi : « A la question de savoir « Qui ou qu’est-ce qui est la cause du changement du climat ? », la communauté scientifique donne des réponses claires, consensuelles mais complexes : les causes sont diverses et peuvent être regroupées dans des catégories ‘naturelles’ et ‘humaines’. En fait elles appartiennent aux deux, mais elles sont principalement ‘humaines’. Les grandes forces naturelles ne sont pas sous notre contrôle ; les causes humaines le sont. Il y a une forte évidence scientifique que les facteurs humains ont déjà un fort impact et causent de graves dommages non seulement à la nature mais aussi à la vie des personnes dans le monde, en particulier des pauvres. C’est donc un impératif moral pour les êtres humains d’assumer la responsabilité de la conséquence de leurs actes, et de prendre les moyens de ralentir et de renverser les tendances en faisant tout ce qu’ils peuvent pour empêcher les dommages de s’étendre. » (où commence la citation ?)

En somme, il s’agit d’une « conversion », selon les termes du pape : « Cela exige un changement du cœur et d’établir de nouveaux modes de production, de distribution et de consommation, afin de prendre davantage soin de notre maison à tous et de ses habitants. »

Mais l’encyclique est aussi apte à conduire les décideurs politiques de ‘Paris 2015’ à se demander : Qu’est-ce que j’ai dans le cœur au moment où je participe, où je décide ? Est-ce que j’ai en vue le bien commun universel et la solidarité avec les générations nouvelles et les plus démunis face à la dégradation de l’environnement ? Suis-je décidé à entreprendre avec courage la régénération de ce qui a été abîmé ?

 

La fin des communautés fermées

Le pape François a une vue générale ample, il a la capacité de nous aider à marcher vers une écologie qui soit à la fois inclusive et globale, une « écologie intégrale ». Il s’appuie pour cela sur les premiers mots (l’invocation première) du merveilleux Cantique des créatures de François d’Assise. Mais surtout il s’appuie sur la vision cosmique du grand saint pour nous inviter à une attitude chrétienne essentiellement respectueuse de la Terre que Teilhard a appelée, depuis un siècle (?), 7 siècles plus tard) de ses vœux.

« C'est ma conviction la plus chère qu'un désintéressement quelconque de tout ce qui fait le charme et l'intérêt les plus nobles de notre vie naturelle n'est pas la base de nos accroissements surnaturels. Le chrétien, s'il comprend bien l'œuvre ineffable qui se poursuit autour de lui et par lui, dans toute la Nature, doit s'apercevoir que les élans et les ravissements suscités en lui par "l'éveil cosmique" peuvent être gardés par lui, non seulement dans leur forme transposée sur un Idéal divin, mais aussi dans la moelle de leurs objets les plus matériels et les plus terrestres : il lui suffit pour cela de pénétrer la valeur béatifiante et les espoirs éternels de la sainte Évolution… »(référence ?)

Dans chacune de nos vies, une part immense est réservée à l'effort naturel et social et il serait déloyal de laisser avorter la valeur que représentent les réalisations positives de notre activité. Il ne s'agit pas pour lui d'attribuer aux diverses constructions humaines une valeur définitive et absolue : le Père Teilhard voit en elles les phases irremplaçables par où doit passer le groupe humain au cours de sa propre métamorphose : il ne s'arrête pas à leur forme particulière mais à leur fonction. Il importe donc que les restrictions ascétiques et les arrachements de la souffrance mais également les efforts positifs de perfectionnement naturel et de devoir humain, nous fassent prendre conscience de notre croissance spirituelle.

Ainsi sans renoncer à la valeur mystique du détachement il apparaît indispensable de pousser avec conviction et passion, le développement matériel du monde. Dans ces perspectives, détachement et détachement (répétition) s'harmonisent et se complètent. Voici ce qu'il écrit à un ami qui a l'heureuse fortune de voir ses affaires prospérer.

"Vous avez encore une certaine peine à justifier devant vous-même cette euphorie de l'âme plongée dans le "business". Je vous ferai remarquer que le plus important est que vous expérimentiez ce bien-être. Le pain était bon pour nos corps avant que nous sachions les lois chimiques" de la digestion. En quoi, demandez-vous la réussite d'un effort commercial entraîne-t-elle un progrès moral ? Je vous répondrai : en ceci que, tout en se tenant dans le monde en voie d'unification, le succès spirituel de l'Univers est lié au bon fonctionnement de toutes les énergies possibles dans cet Univers.

Parce que votre entreprise (morale, je suppose) se développe favorablement, un peu plus de santé se répand dans la masse humaine, et, par suite un peu plus de liberté pour agir, pour penser et pour aimer… Parce que vous agissez du mieux possible (même dans l'insuccès) vous vous constituez dans le monde et vous aidez le monde à se constituer autour de vous."(référence)

 

à mal l’interpréter ou mal le comprendre, on risquerait de tomber dans un certain naturalisme chrétien où le surnaturel n'a plus sa place prééminente. Pour lui, parce qu'il croit à la valeur universelle de la création, il ne court pas le risque de tomber dans cette erreur. "C'est sans métaphore, écrit-il, par toute la longueur, l'épaisseur et la profondeur du monde en mouvement que l'homme se voit capable de subir et de découvrir son Dieu." (référence) Les formules employées par Teilhard sont souvent ambiguës. Il se plaignait lui-même de la difficulté à exprimer la richesse et l'originalité de sa pensée. Il en a toujours eu conscience. Comment formuler en termes adéquats et sûrs cette "vision d'une fusion explicite de la vie chrétienne et de la sève naturelle de l'Univers ?" Pour lui l'unité de la vie est faite : s'il aime Dieu c'est à travers le Monde ; s'il aime le Monde, c'est en fonction de Dieu animateur des choses du Monde. "La joie et la force de ma vie auront été de constater, écrivait-il un mois avant sa mort, que rapprochés l'un de l'autre, les deux ingrédients, - Monde et Dieu - réagissaient inexhaustiblement entre eux, déchaînant une lumière si intense qu'elle transfigurait pour moi les profondeurs du Monde." (référence)

 

 L’Alpha et l’Oméga à l’origine du Cosmos et de l’Évolution

Pour mieux retrouver leur inspiration, il faut commencer par s’intégrer à cette histoire, à son cours et à sa manière de s’inscrire dans une cosmologie universelle et ce qui peut en constituer, selon nous, la clé d’intelligence : l’idée d’évolution, base et référence primordiale de la pensée teilhardienne. On peut dire que si l’évolution est l’hypothèse la plus importante que l’intelligence humaine ait émis depuis longtemps, elle est issue en droite ligne de la Bible. Même si son interprétation est encore l’objet de discussions, à l’intérieur même des religions du Livre. La Science, avec ses grands découvreurs, de Galilée à Darwin et à Teilhard, est naturellement évolutionniste, à l’exception de quelques esprits obtus… Et l’Eglise, longtemps figée dans un créationnisme obscurantiste, admet depuis quelques décennies, ouvertement, sa réalité et s’y réfère volontiers. L’Evolution n’est pas une théorie, a déclaré Jean-Paul II, c’est une réalité. Et le Christ en est le sommet, a dit Benoît XVI.

Certes, au temps de François d’Assise, la Science n’occupait pas la place prépondérante qui est la sienne dans la connaissance contemporaine, caractéristique (qui ? la science ou la connaissance ?) de tant d’avancées techniques, comme elle l’est pour Teilhard, grand scientifique paléontologue du XXe siècle. Mais cette différence qui semble les séparer, n’entame en rien leur perception commune de la foi en un Dieu trinitaire, créateur du ciel et de la terre dans la durée et en Jésus Christ, Fils de Dieu (lourd). Le Christ Ressuscité qui les inspire et les unit dans leur foi donnant ainsi plénitude de sens à leur perception du Monde. Car on ne peut comprendre qu’avec l’intelligence du (le ?) monde de son temps. Sans doute les choses ne seront pas perçues de la même manière que nous par les hommes des siècles futurs parce que la connaissance, éclairée par la Science en continuel progrès grâce aux travaux des hommes, aura continué de faire de nouvelles découvertes.

« Au commencement était le Verbe, dit l’Evangile de St Jean, et le Verbe était Dieu. Le Verbe était au commencement et le Verbe était Dieu. » A travers le vocable Verbe, source d’énergie créatrice, souffle créateur, on comprend que l’Énergie primordiale transcende ce qui est directement observable : l’immanent que la science peut analyser, mesurer, expliquer. Aussi ont-ils pu en déduire, en vrais chrétiens, qu’il y a Quelqu’un d’antérieur à tout et au temps lui-même, source première de toute vie et de tout amour, Quelque chose de plus Fort, de plus Grand et de plus Intelligent que nous tous, réunis depuis l’origine du monde dans un incessant devenir, en mouvement vers l’Oméga. « Un très haut, tout puissant et bon Seigneur que nul homme est digne de nommer … », comme dit François; « un Seigneur de la Consistance et de l’Union qui occupe le Cœur de la Matière… », comme dit Teilhard.

 

Foi et Raison : le Christ, sommet de l’Évolution

Au moment où le monde se débat dans une grave crise non seulement économique, mais essentiellement de perte de sens, un effort de redressement basé sur la reconnaissance des valeurs éthiques parait plus nécessaire et plus urgent que jamais. Les progrès techniques modernes tendent à unir les peuples et à les rendre solidaires, et il semble particulièrement souhaitable de chercher à concilier l’image conceptuelle de l’univers que nous propose Teilhard avec les aspirations claires ou confuses de l’esprit humain : l’activité intellectuelle avec l’effort moral, les avancées scientifiques avec les recherches de la vérité de la foi religieuse. Foi et Raison ne sont-elles pas des chemins de vérité destinés à fonder l’espérance humaine, afin que la marche en avant de l’humanité se poursuive, plutôt que de se laisser berner par les facilités du matérialisme ambiant ?

Il existe des personnes de grande valeur qui souffrent d’allergie au surnaturel, à tout ce qui n’entre pas dans le cadre restreint de l’expérimentation scientifique. Respectons leur foi dans la toute puissance d’un ‘hasard’ génial qui leur permet de considérer leur propre intelligence comme son œuvre. Mais observons que s’ils ne reconnaissent que le hasard comme cause unique du devenir du monde, il leur faut admettre que c’est ce même hasard qui les a conduits à faire ce choix et qu’ils ont une chance sur deux de se tromper [1] … Alors, autant s’en remettre au pari de Pascal ! Or Pascal, pas plus que François d’Assise ou Teilhard de Chardin, ne nous semble être le fruit du hasard. Ils nous paraissent plutôt des réussites de l’humanité, ainsi que beaucoup d’autres, et des mises en œuvre personnelles, librement assumées, du message christique vécu librement et personnellement, chacun selon sa personnalité et en son temps. Le Christ lui-même, peut-il paraitre comme le fruit du hasard ou même comme celui de l’imagination des hommes ? Il parait, au contraire, comme l’aboutissement d’une longue histoire, précisément celle que relate la Bible, pour constituer enfin, le « sommet de l’évolution », selon l’heureuse expression de Benoît XVI.[2] Aussi Teilhard, grand admirateur de François d’Assise, et grand défenseur de l’idée d’évolution – qu’il qualifie de cosmogénèse, tant elle englobe tout le devenir de l’Univers – résumera sa pensée, trois jours avant sa mort, à la dernière page de son journal, qui constitue son suprême témoignage de penseur et de religieux, en date du jeudi saint, 7 avril 1955 :

1) St Paul : Dieu tout en tous

2)COSMOS = Cosmogénèse >Biogénèse>Noogénèse> Christogénèse (Phénomène humain)

3)L’Univers est centré (Evolutivement en Haut, en Avant

Le Christ en est le centre > (Phénomène chrétien)

Ce que nous pouvons comprendre et résumer ainsi : la Cosmogénèse – l’histoire de l’Univers engendre la biogenèse, – l’histoire de la Matière Vivante dans la biosphère – engendre l’anthropogenèse, – l’histoire des hommes dotés d’esprit – noos – engendre la noogénèse, la responsabilité d’humaniser la Terre grâce à la christogénèse – l’Incarnation du Christ, Fils de Dieu fait Homme.

Accomplir l’homme consiste donc à sanctifier la matière vivante, à se spiritualiser par l’élévation de l’esprit, pour se diviniser en une marche en haut et en avant vers ce que Teilhard appelle le point Oméga, le Christ Éternel.[3] La Cosmogénèse s’épanouit en noogenèse par développement de la noosphère (noos = esprit), enveloppe spirituelle, de l’esprit, – analogue à la biosphère, enveloppe organique de la vie matérielle. Nous croyons avec Teilhard qu’en s’humanisant la matière est appelée à se sublimer en Esprit. Et l’on comprend qu’après le merveilleux Cantique des créatures de St François (Loué sois-tu Seigneur pour notre frère soleil…), Teilhard entonne, à son tour, l’extraordinaire Hymne à la matière « Bénie sois-tu, universelle Matière, Durée sans limites, Ether sans rivages, Triple abîme des étoiles, des atomes et des générations, toi qui débordant et dissolvant nos étroites mesures. nous révèle les dimensions de Dieu » référence ?. A ces deux sommets d’esprit sanctifié par des hymnes de louanges du Créateur, on peut désormais ajouter la magnifique prière du pape François qui clôt son encyclique « Loué sois-tu » que nous pourrons dire en terminant cette introduction.

Saint François paraît alors comme le plus bel exemple d’intelligence de l’Amour infini du Christ, avec lequel il s’identifie tellement (au point d’en recevoir à la fin de sa vie les stigmates…) qu’à la fin de sa vie il en reçoit les stigmates. Et Teilhard, comme le plus bel exemple d’Amour de l’Intelligence lumineuse du Christ, au point de « sortir » lui-même de la vie, le jour de Pâques 1955, le dimanche de la Résurrection, comme il en avait exprimé le vœu quelques temps auparavant. Tous deux ont librement et totalement consacré leur vie au Christ Éternel, ‘sommet de l’évolution’, Vérité fait Homme. Ils ont assumé, tous deux, le mystère de l’Incarnation du Christ. Ils ont donné un sens à leurs vies en s’identifiant à Lui, source de Lumière, d’Amour et de Vie.

 

Construire la Planète Terre dans l’Amour

C’est dans cette extraordinaire vision de notre aventure sur Terre que le travail des hommes, la science et la technique acquièrent une signification exceptionnelle, et peuvent être considérés comme une invitation à s’élever car nous sommes investis d’une mission sacrée : nous sommes co-responsables du parachèvement de la Création. Le travail, la science et la technique sont nécessaires à l’ascension de l’homme dans la direction grandissante d’une unité et d’une spiritualisation de l’Univers. Pour le chrétien, une dimension spécifique s’y ajoute : le Christ, – origine et terme de toute la Création, Alpha et Omega, – tout trouve en Lui son achèvement et son couronnement.  In eo omnia constant dit St Paul, en Lui tout subsiste et se tient. Il est la Voie, la Vérité, la Vie. Le chrétien trouvera ainsi un nouvel encouragement à œuvrer pour le progrès du Monde. Il s’agit pour nous de Construire, de Partager et de Respecter la Planète Terre avec des connaissances et une conscience élargies en cosmogenèse. Aussi la vigilance s’impose car des obstacles de toutes sortes s’interposent sans cesse. Et voilà pourquoi l’écologie – saint François a été proclamé « le céleste patron des écologistes » par Jean Paul II en 1976, – doit être considérée comme une forme d’humanisation et de spiritualisation de la Terre et non comme une forme de combat militant et agressif. L’écologie comprise comme une harmonisation de la croissance de la Terre en intelligence fructueuse et respectueuse de la nature comme composante de l’Univers, et pas seulement comme une expression politique ayant pour tâche l’empêchement de la dévastation prédatrice de la Terre par la cupidité des hommes. « La crise écologique est devenue un appel à une profonde conversion intérieure » dit le pape François qui pousse cette réflexion très loin. « Pour proposer une relation saine avec la création comme dimension de la conversion intégrale de la personne, souvenons-nous du modèle de Saint François d’Assise.  dit le pape François. … Nous devons faire l’expérience d’une conversion, d’un changement de cœur. … Cette conversion suppose diverses attitudes qui se conjuguent pour promouvoir une protection généreuse et pleine de tendresse. En premier lieu, elle implique gratitude et gratuité, c’est à dire une reconnaissance du monde comme don reçu de l’amour du Père, ce qui a pour conséquence des attitudes gratuites de renoncement et des attitudes généreuses même si personne ne les voit ou ne les reconnaît. Cette conversion implique la conscience amoureuse de ne pas être déconnecté des autres créatures, de former avec les autres êtres de l’univers une belle (grande ?) communion universelle. Pour le croyant, le monde ne se contemple pas de l’extérieur mais de l’intérieur, en reconnaissant les liens par lesquels le Père nous a unis à tous les êtres. »[4]

L’orgueil, la prévalence du Moi, sous toutes ses formes, sont profondément enracinés dans la nature humaine. On ne s’en libère pas tout seul. La conversion du cœur est consécutive à « une expérience première » qui peut prendre diverses formes (imminence de la mort, maladie, mort d’un proche, etc..). C’est une condition nécessaire mais pas suffisante. Une grâce est indispensable pour la mener à son terme. On peut dire que c’est la preuve d’un Dieu trinitaire (? expliquer). Cette « évolution » se fait aussi dans le cœur et dans l’esprit humain. Il faut avoir subi bien des épreuves pour se convertir – on devrait dire pour être converti – . Alors, on demande, on prie pour obtenir ce que l’on n’a pas tout seul (un peu simpliste) mais par la grâce de Dieu. Or demander c’est faire preuve d’humilité…

Celui qui approfondit jusqu’au bout le sens de l’écologie (préciser) apercevra vite combien elle peut être fructueuse pour une rencontre renouvelée entre le christianisme et le monde moderne. Teilhard ne demandait rien d’autre que d’intégrer dans la théologie chrétienne sa vision du monde aux dimensions prodigieusement agrandies par les progrès de la science et la confiance de la foi. Il rendait ainsi aux chrétiens, la fierté d’être les témoins ardents du Christ ressuscité.

Teilhard et François d’Assise sont d’autant plus d’actualité, en ces temps de crise planétaire, que l’idée que l’on se fait de la vie tend de plus en plus vers un matérialisme d’abondance et de jouissance immédiate, – l’avoir plutôt que l’être, la possession égoïste plutôt que le partage, l’amusement plutôt que la communion des êtres dans l’amour du beau et du vrai. Nous sommes appelés à nous libérer du vieil homme qui va se corrompant au fil de ses convoitises. Saint François et Teilhard nous invitent à revêtir l’homme nouveau selon Dieu, en changeant notre regard. Exerçons notre regard à voir ce « beau » et ce « bon » dont Dieu semblait s’émerveiller au commencement de la Genèse et dont les êtres humains portent la trace dans leur cœur, souvent à leur insu. Le Pape François, dans son encyclique nous invite à cette même démarche : à travers l’espace et le temps, ils nous disent tous que nous sommes appelés à nous libérer du vieil homme qui va se corrompant au fil de ses convoitises. L’apport commun franciscain et teilhardien, exceptionnels dans cette encyclique, consistant à voir la liberté et la conscience en germe, dès le départ de l’histoire de l’humanité, doit être présenté aux sceptiques modernes, à ceux qui, enfoncés dans un hédonisme inconscient, ne font pas appel à des valeurs spirituelles pour les élever et les porter à l’amour de l’humanité et du monde. Construire la Terre dans la Paix et l’Amour, comme nous y invite l’encyclique, paraît aujourd’hui comme la tâche la plus urgente qu’une humanité en crise doit se fixer, si elle veut tout simplement continuer à vivre sur notre belle Planète bleue.

 

François Cheng et le « Grand Vivant »

François Cheng est venu de loin pour confirmer cela et il l’a fait, avec l’éclat et la discrétion qui le caractérisent, de différentes manières, orales et écrites, toujours poétiques, originales et mystiques à la fois. Reportons-nous à ses toutes dernières publications, toutes celles qui ont suivi son entrée à l’Académie Française, depuis les Cinq Méditations sur la Beauté (2006) jusqu’au Cinq Méditations sur la Mort autrement dit sur la Vie, (2013) en passant par le portrait d’une âme à l’encre de Chine : Et le souffle devient signe, (2010); sans oublier ses romans, ses poèmes et son magnifique Pélerinage au Louvre après ses extraordinaires livres d’introduction à l’Art chinois. Pour terminer par le discret ASSISE qui s’achève sur le Cantique des créatures de François d’Assise avec lequel je vais essayer de vous mettre en résonnance, comme il aime à dire. Pourquoi son nouveau prénom s’imposa-t-il à François Cheng lors de sa naturalisation française, en 1972 ? L’académicien répond dans cet opuscule dense et limpide : depuis son premier voyage sur les traces de François d’Assise, dans les années 1960, il est habité par ce saint du Moyen Age, qui délaissa soudain les plaisirs frivoles et les rêves de puissance pour obéir à l’injonction de Dieu tombée dans ses oreilles un jour de désœuvrement : « relever l’Eglise». En arpentant à son tour les terres foulées par saint François, qu’il préfère appeler le « Grand Vivant », l’exilé chinois comprit que la terre d’accueil la plus riche se trouve à l’intérieur de soi. La beauté de ce petit livre vient de la flânerie mentale qu’effectue l’auteur entre ses propres émotions de déraciné fleurissant dans un ailleurs universel et quelques épisodes marquants de la vie de François d’Assise, décidé à embrasser la vie dans sa totalité, qu’il s’agisse de goûter une crème à la frangipane ou de baiser la chair putride d’un lépreux. D’une pudeur et d’une humilité sans limites, François Cheng écoute grandir en lui le legs du saint d’Ombrie, dont il partage le goût pour le dénuement et la volonté de capter tous les signes invisibles à disposition des hommes. Comme le chemin tortueux qui mène à Assise, dont chaque virage offre un point de vue différent sur la vallée, le récit dépouillé de François Cheng creuse un sillon profond et ondulant, dont chaque méandre est un havre de méditation.

 

 

Pour terminer cette méditation je vous invite à dire cette belle Prière chrétienne du pape François, qui résume et redit en termes modernes nos aspirations cosmogéniques profondes :

Nous te louons, Père, avec toutes tes créatures, qui sont sorties de ta main puissante. Elles sont tiennes, et sont remplies de ta présence comme de ta tendresse. Loué sois-tu.

Fils de Dieu, Jésus, toutes choses ont été créées par toi. Tu t’es formé dans le sein maternel de Marie, tu as fait partie de cette terre, et tu as regardé ce monde avec des yeux humains. Aujourd’hui tu es vivant en chaque créature avec ta gloire de ressuscité. Loué sois-tu.

Esprit Saint, qui par ta lumière orientes ce monde vers l’amour du Père et accompagnes le gémissement de la création, tu vis aussi dans nos cœurs pour nous inciter au bien. Loué sois-tu.

Ô Dieu, Un et Trine, communauté sublime d’amour infini, apprends-nous à te contempler dans la beauté de l’univers, où tout nous parle de toi. Éveille notre louange et notre gratitude pour chaque être que tu as créé. Donne-nous la grâce de nous sentir intimement unis à tout ce qui existe.

Dieu d’amour, montre-nous notre place dans ce monde comme instruments de ton affection pour tous les êtres de cette terre, parce qu’aucun n’est oublié de toi.

Illumine les détenteurs du pouvoir et de l’argent pour qu’ils se gardent du péché de l’indifférence, aiment le bien commun, promeuvent les faibles, et prennent soin de ce monde que nous habitons. Les pauvres et la terre implorent :

Seigneur, saisis-nous par ta puissance et ta lumière pour protéger toute vie, pour préparer un avenir meilleur, pour que vienne ton Règne de justice, de paix, d’amour et de beauté. Loué sois-tu. Amen.

 

 

 

 

 [1] Rappelons cette réflexion de Teilhard : “ A travers les civilisations qui se déplacent, le monde ne va pas au hasard ni ne patine, mais, sous l’universelle agitation des êtres, quelque chose se fait, quelque chose de céleste sans doute, mais de temporel d’abord. Rien n’est perdu dès ici-bas pour l’homme, de la peine de l’homme…. Le sillage laissé derrière elle par l’humanité en marche nous révèle-t-il moins bien son mouvement que l’écume jaillie ailleurs sous l’étrave des peuples ? ”

Et celles-ci d’Einstein, son contemporain « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito »…. « Ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible »…. « L’idée que l’ordre et la précision de l’univers, dans ses aspects innombrables, serait le résultat d’un hasard aveugle, est aussi peu crédible que si, après l’explosion d’une imprimerie, tous les caractères retombaient par terre dans l’ordre d’un dictionnaire »….  

[2] Benoît XVI : « À Pâques, nous nous réjouissons parce que le Christ n’est pas resté dans le tombeau, son corps n’a pas connu la corruption; il appartient au monde des vivants, non à celui des morts; nous nous réjouissons par ce qu’Il est – ainsi que nous le proclamons dans le rite du cierge pascal – l’Alpha et en même temps l’Oméga… Précisément, la résurrection du Christ est bien plus, il s’agit d’une réalité différente. Elle est – si nous pouvons pour une fois utiliser le langage de la théorie de l’évolution – la plus grande «mutation», le saut absolument le plus décisif dans une dimension totalement nouvelle qui soit jamais advenue dans la longue histoire de la vie et de ses développements: un saut d’un ordre complètement nouveau, qui nous concerne et qui concerne toute l’histoire ». Homélie pascale 2006

[3]Aussi Teilhard peut-il écrire : « La création est un grand livre ouvert à la recherche et à la contemplation des hommes. Nous avons soif de voir et de connaître… Dieu est pour nous l’éternelle découverte et l’éternelle recherche… Nous marchons conscients d’avoir le monde à diviniser ». Pour qu’on prenne conscience du merveilleux don qui nous est fait, pas seulement celui, – magnifique, – de la vie et de la dignité de notre condition, mais surtout de l’invitation qui nous est faite de nous élever en Esprit, dans l’émerveillement de la Beauté Divine.

[4] Encyclique “Loué sois-tu” : Note 82. Mais il serait aussi erroné de penser que les autres êtres vivants doivent être considérés comme de purs objets, soumis à la domination humaine arbitraire. Quand on propose une vision de la nature uniquement comme objet de profit et d’intérêt, cela a aussi de sérieuses conséquences sur la société. La vision qui consolide l’arbitraire du plus fort a favorisé d’immenses inégalités, injustices et violences pour la plus grande partie de l’humanité, parce que les ressources finissent par appartenir au premier arrivant ou au plus puissant : le gagnant emporte tout. L’idéal d’harmonie, de justice, de fraternité et de paix que propose Jésus est aux antipodes d’un pareil modèle, et il l’exprimait ainsi avec respect aux pouvoirs de son époque : « Les chefs des nations dominent sur elles en maîtres, et les grands leur font sentir leur pouvoir. Il n’en doit pas être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur » (Mt 20, 25-26) 

Commençons par le texte fondateur de la vision qu’a Teilhard de la mort (lourd), dans Le Milieu Divin : « S’unir, c’est, dans tous les cas, émigrer et mourir partiellement en ce qu’on aime. Mais si, comme nous en sommes persuadés, cette annihilation en l’Autre doit être d’autant plus complète que l’on s’attache à un plus grand que soi, quel ne doit pas être l’arrachement requis pour notre passage en Dieu ? (…)

En soi, la mort est une incurable faiblesse des êtres corporels, compliquée dans notre monde par l’influence d’une chute originelle. Elle est le type et le résumé de ces diminutions contre lesquelles il nous faut lutter sans pouvoir attendre du combat une victoire personnelle directe et immédiate.

Eh bien, le grand triomphe du Créateur et du Rédempteur, dans nos perspectives chrétiennes, c’est d’avoir transformé en facteur essentiel de vivification ce qui, en soi, est une puissance universelle d’amoindrissement et de disparition. Dieu doit, en quelque manière, afin de pénétrer définitivement en nous, nous creuser, nous évider, se faire une place.

Il lui faut, pour nous assimiler en Lui, nous remanier, nous refondre, briser les molécules de notre être. La Mort est chargée de pratiquer, jusqu’au fond de nous-mêmes, l’ouverture désirée. Elle nous fera subir la dissociation attendue. Elle nous mettra dans l’état organiquement requis pour que fonde sur nous le Feu divin. Et ainsi son néfaste pouvoir de décomposer et de dissoudre se trouvera capté pour la plus sublime des opérations de la Vie. Ce qui, par nature, était vide, lacune, retour à la pluralité, peut devenir, dans chaque existence humaine, plénitude et unité en Dieu.

……………( ?)

« Ô Énergie de mon Seigneur, Force irrésistible et vivante, parce que, de nous deux, Vous êtes le plus fort infiniment, c’est à Vous que revient le rôle de me brûler dans l’union qui doit nous fondre ensemble. Donnez-moi donc quelque chose de plus précieux encore que la grâce pour laquelle vous prient tous vos fidèles. Ce n’est pas assez que je meure en communiant. Apprenez-moi à communier en mourant ».(Référence ?)

Note 83 : L’apport de P. Teilhard de Chardin se situe dans cette perspective. Nous ajoutons ainsi un argument supplémentaire au rejet de toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les autres créatures. La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Mais elles avancent toutes, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu, dans une plénitude transcendante où le Christ ressuscité embrasse et illumine tout ; car l’être humain, doué d’intelligence et d’amour, attiré par la plénitude du Christ, est appelé à reconduire toutes les créatures à leur Créateur.

  1. (pourquoi ce 1 et ce 2 ? A développer)  Le message de chaque créature dans l’harmonie de toute la création
  2. Quand nous insistons pour dire que l’être humain est image de Dieu, cela ne doit pas nous porter à oublier que chaque créature a une fonction et qu’aucune n’est superflue. Tout l’univers matériel est un langage de l’amour de Dieu, de sa tendresse démesurée envers nous.

Le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu. L’histoire de l’amitié de chacun avec Dieu se déroule toujours dans un espace géographique qui se transforme en un signe éminemment personnel, et chacun de nous a en mémoire des lieux dont le souvenir lui fait beaucoup de bien. Celui qui a grandi dans les montagnes, ou qui, enfant, s’asseyait pour boire l’eau au ruisseau, ou qui jouait sur une place de son quartier, quand il retourne sur ces lieux se sent appelé à retrouver sa propre identité.

 

L’Exposition « Ensemble, construisons la Terre ».

Teilhard pense que, finalement, l’humanité parviendra pour de bon ? à repousser les tentations de retomber dans l’inconscience et réussira finalement à opter collectivement pour le bien. La véritable union, cette synthèse constamment renouvelée, ne tend pas à l’uniformisation mais à la différenciation. À l’homme des temps modernes, « flèche de l’évolution », de prendre conscience qu’il tient entre ses mains « la fortune de l’univers ». Lui seul est tourné vers l’avant, vers celui que ce scientifique nomme « un grand soleil levant ».

C’est le message de l’Exposition « Ensemble, construisons la Terre ». Résumant le grand texte de l’encyclique, l’Exposition qui réunit François d’Assise à Teilhard de Chardin et François Cheng, est en grande proximité avec la pensée du Pape François. Conçue à Assise en 2010 elle voyage depuis en France et en Europe suscitant l’admiration de ses nombreux visiteurs. Il suffit de se reporter à son Livre d’Or pour s’en persuader.

Cette exposition réunit en premier lieu deux figures majeures de l’histoire de l’humanité : François Bernardone (1181-1226) et Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) puis, en confirmation de ce choix qui traverse les siècles, celle de François Cheng, qui traverse l’espace et les siècles en poète et calligraphe franco-chinois moderne. Né à Nanchang en Chine, en 1929, arrivé en France vingt ans plus tard, et entré à l’Académie Française en 2002. Enfin, la nomination, en 2013, du Pape François, jésuite italo-argentin venu de l’autre côté du monde et qui a choisi de s’appeler comme le Poverello d’Assise est venue couronner et donner chair au projet, confirmant le bien fondé de nos choix.

Malgré les sept siècles qui séparent François d’Assise et Teilhard de Chardin, un même souffle les habite : tous deux, sont des poètes amoureux de la Vie, des aventuriers épris de l’Univers et du Monde, de l’Homme et de la Nature et par-dessus tout, de l’Esprit de Dieu. Tous deux sont de grands croyants, fidèles à l’Église à laquelle ils se sont voués toute leur vie, même si souvent en opposition ouverte avec elle. Tous deux étaient convaincus d’avoir à la changer et d’abord le monde dans lesquels ils vivaient (lourd), par un retour aux sources. Ils croyaient tous les deux au Dieu trinitaire de leur enfance, unanimement. Ils avaient tous les deux foi en une religion enseignée par Saint Paul et par Saint Jean avec le Christ, Centre et sommet de l’Univers, Homme et Dieu, mort et Ressuscité, l’Alpha et l’Oméga, Centre et Sommet de l’Univers. Tous deux profondément convaincus qu’il ne suffit pas de prêcher la bonne nouvelle, mais de suivre et de vivre le Christ Dieu d’Amour, – sa Vie, sa Passion, sa Mort en Croix et sa Résurrection, – demeure le message éternel de la Révélation Chrétienne. Par leur regard pur vers l’Essentiel, la relation de l’homme à Dieu a été transformée, progressivement et inéluctablement et nos sociétés à la dérive et à la recherche de sens, peuvent maintenant se référer à ces personnages majeurs de l’histoire de l’humanité sans même s’en rendre compte, car ils sont l’un et l’autre, plus que jamais, d’actualité. Le Pape François confirme par sa manière de vivre (?), amplement cette Foi. (préciser)

 

Remo VESCIA   Commissaire de l’Exposition, Président honoraire du Centre Européen Teilhard

vesciaremo@gmail.com

www.teilhard-international.com

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